MAIGNAUT PASSION
Association du Patrimoine,
de l'Histoire et de l'Environnement
à Maignaut-Tauzia (Gers)
Au village 32310 Maignaut-Tauzia - hello@maignaut.com
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Les Archives de Maignaut Passion
   
 
SOMMAIRE   Avril 2011 - N°38
     
Avril 2011
La Fontaine Saint-Maurice

Décembre 2010
Un document inédit
sur le château du Tauzia


Décembre 2009
Notre-Dame d'Auloue

Avril 2009
Les croix de Mission
L'inventaire
photographique


Avril 2009
Un «château gascon » :
le Tauzia


Juillet 2009
Maignaut-Tauzia
à 3 moulins...


Janvier 2008
Les hourds
dans l'architecture
médiévale


Juillet 2007
Lassalle,
une très ancienne
maison de maître


Janvier 2006
La belle motte
de Maignaut


Janvier 2005
Verrous et serrures
dans les bâtiments
du Xiie au XVe siècle


Janvier 2004
La sidérurgie médiévale

Juillet 2003
Restauration
de la porte-tour


Avril 2003
Porte médiévale
de Maignaut-Tauzia
Partie 2

A la recherche
des ventaux perdus


Décembre 2002
La porte fortifiée
« Patrimoine
caractéristique gascon »


Décembre 2002
Porte médiévale
de Maignaut-Tauzia
Partie 1

A la recherche
des ventaux perdus


Juillet 2002
XIXe siècle, Maignaut
change de visage :
l'eglise et
la place du village


Juillet 2002
La porte du village
réunifiée


Avril 2002
XIXe siècle, Maignaut
change de visage :
l'école et la mairie


Décembre 2001
Sauvegarde du château :
2 acteurs essentiels


Décembre 2001
Maignaut médiéval :
de la motte
au village fortifié


Juin 2000
Le Pigeonnier
de Maignaut-Tauzia
en Fête


Décembre 1999
Le Pigeonnier de M.-T.
une restauration
bien mijotée


Juillet 1999
Un pigeonnier
pour l'emploi


Décembre 1998
Le Pigeonnier de M.-T.
les soutiens

Mai 1998
Le Pigeonnier
de Maignaut-Tauzia
:
scénario d'un sauvetage



  La Fontaine Saint-Maurice
  (extrait du chapitre « Les églises champêtres »)
  Aujourd'hui encore, les petites églises rurales sont innombrables dans le département du Gers. Maignaut et le Tauzia ne faisaient pas exception. Sur le territoire de la commune actuelle, on trouvait trois églises avant la Révolution : Saint-Michel de Maignaut (reconstruite vers 1880 à un nouvel emplacement), Notre-Dame d'Auloue et Saint-Martin de Bertin. Mais une quatrième avait existé plus anciennement : l'église de Saint-Maurice. Elle était déjà en ruines au XVIIe siècle Mais jusqu'au XXe siècle, le lieu est resté fréquenté par les maignautois à cause de la présence d'une fontaine guérisseuse.
L' église Saint-Maurice
L'emplacement de cette église disparue est certainement à rechercher au lieu-dit « Saint-Maurice », à 2 km au sud du village de Maignaut. Cette église existait au XIIIe siècle : ses dîmes sont mentionnées en 1273. Il n'en reste aucun vestige. Elle était déjà en ruines et désaffectée vers la fin du XVIIe siècle. Le pouillé de 1672 mentionne en effet l'existence de « vieilles mazures d'une ancienne chappelle autrefois appelée de St Maurice ». A cette époque, ces ruines étaient toujours fréquentées. Le rédacteur du pouillé décrit un rite curieux attaché à ces ruines : « le vulgaire [y] commet superstition, entre par un lieu et sortant par un autre pour guairir de quelque maladye(19) ». Cette tradition est à rapprocher de la présence toute proche d'une fontaine guérisseuse, vouée elle aussi à Saint-Maurice.
Une fontaine guérisseuse
Cette fontaine surplombe la rive droite de l'Auloue, au-dessus d'un méandre de la rivière. Elle est abritée par un grand porche ouvert dans la falaise calcaire. « L'eau jaillit d'une galerie de 1,50 m de haut sur autant de large, occupée par un escalier de gours20 pénétrable seulement sur une longueur de 12 m(20) ». La source est aujourd'hui captée, et alimente par une canalisation un petit lac situé en contrebas. Un bassin en béton a été construit depuis longtemps au-devant du porche. Rien ne rappelle que cette fontaine était autrefois un lieu de pèlerinage. Si le souvenir ne s'en est pas totalement perdu, c'est grâce à Ludovic Mazeret, un érudit gersois, qui dans un article de 1911 a rapporté à son sujet une tradition recueillie à Saint-Puy : « Les mamans dont les bébés ont la croûte laiteuse « enmaourissats » viennent les y baigner, n'importe l'époque, mais la plupart le jour de la fête du saint(22). Après le bain, il faut leur faire faire trois fois le tour de la fontaine et jeter leur béguin dans l'eau. Naguère, et peut-être encore, on y jetait des pièces de monnaie. » A Maignaut aujourd'hui, cette tradition semble oubliée depuis longtemps. Henri Polge, ancien archiviste du Gers, inlassable collecteur des traditions populaires, avait recensé plus de 60 fontaines guérisseuses dans le département. Ces sources sacrées sont souvent de très ancienne origine. L'Église a tantôt combattu leur culte, tantôt l'a christianisé. La fontaine Saint-Maurice était peut-être un très ancien lieu de culte que la construction d'une église à proximité serait venue christianiser à une époque inconnue. Saint-Maurice, si l'on en croit Ludovic Mazeret, était réputé pour guérir les croûtes laiteuses(23). Henri Polge relevait la présence non loin de Maignaut, à Justian, d'une autre fontaine guérisseuse dédiée à Saint-Maurice. Mais elle ne guérissait pas la même affection : on y amenait les enfants pleureurs, pour tarir leurs larmes(24). Les abords de la fontaine Saint-Maurice ont peut-être été occupés dans l'Antiquité. Ludovic Mazeret signalait aux abords de la grotte « des substructions romaines en petit appareil et quantité de débris de poterie grossière et de tuiles à rebord ». Dans un article postérieur, il précisait : « Des fouilles faites dans ces parages révéleraient peut-être des captations de sources et des bains, sans compter d'autres objets. Au point de vue préhistorique, M. Boué y a trouvé quelques haches dont une en juspe (25)». On n'a aucun autre renseignement sur ces trouvailles et leur localisation précise, sur le talus ou sur le plateau qui le surplombe.Bertrand Boquien
Notes
19 - Abbé Ch. Bourgeat, Trois pouillés de l'ancien diocèse d'Auch (XVIe XVIIe XVIIIe Siècles), B.S.A.G., T. 34, 1933, P.157- …, T.35, 1934, p.47-67, 250-288, T.36, 1935, p.105-128 (T.35, p.254).
20 - Petits bassins « formés par le concrétionnement sur des pentes où l'eau coule en lames peu épaisses ». Ces bassins se succèdent en escalier dans la galerie.
21 - Gérard Bianchi, Grottes et avens du département du Gers, Gascogne souterraine, 29 p., bulletin non daté et ronéotypé publié par le Spéléo-Club de Gascogne (information communiquée par Jean-Pierre Cantet). Deux autres grottes existent à proximité du site, sur la rive gauche de l'Auloue.
22 - Ludovic Mazeret, Pèlerins et pèlerinages, Revue des traditions populaires, août 1911, p. 241-243. Les croûtes laiteuses sont une affection bénigne, caractérisée par de petites pellicules apparaissant
sur le cuir chevelu ou le visage des nourrissons.
23 - Ludovic Mazeret, Pèlerins et pèlerinages, art. cité : une statue
du saint se trouvait à la chapelle de Coutens (commune de Beaumarchès). « On y porte les enfants qui ont la croûte laiteuse. La maman frotte son mouchoir à la figure du saint et en frictionne les plaies de l'enfant. Ensuite elle doit aller s'agenouiller au pied de l'autel et dire une prière, demandant l'intervention du saint ».
24 - Henri Polge, De quelques légendes et traditions populaires de la Gascogne gersoise, Auch, 1957, 83 p.
25 - Sic. Ce « M. Boué » est sans doute un maignautois, peut-être l'ancien maire Paul-Marie Boué.
  Extrait du N° 38 de Maignaut Passion Info – pages 10 à 13 : Chargez le pdf
 
  Décembre 2010 - N°37
   
  Un document inédit sur le château du Tauzia
  Dans les minutes d'un notaire condomois, Maître Pierre Lacapère, figure un document remarquable : l'acte de vente de la seigneurie du Tauzia par le marquis d'Ambres à François de Lafourcade du Pin en 1715(1). Cet acte avait été repéré par l'abbé Dubois, un érudit agenais, et c'est grâce à une de ses notes, consultée à Agen, qu'il a pu être retrouvé(2). Il apporte un éclairage nouveau sur la ruine du château du Tauzia. Jusqu'ici, nous nous heurtions à une absence de documents pour une période de plus d'un siècle. On laissait le château habité dans les années 1670. Il était alors la résidence de Pierre Casanave « juge au marquisat d'Ambres et de Léberon », et sans doute aussi juge de la seigneurie du Tauzia, et de sa femme Marguerite de Cazes. On retrouvait le château ruiné en 1812. A cette époque, il était décrit comme « un très vieux château abandonné et dont on ne voit plus que les quatre principales murailles et deux tours(3) ».
L'acte de vente de 1715 montre un château qui ne semble plus habité ni entretenu depuis de longues années, mais qui n'est pas encore tout-à-fait ruiné. Le toit s'effondre, les menuiseries ont été emportées, les murs se crevassent... L'acte précise que le nouveau propriétaire pourra faire abaisser la bâtisse s'il le juge à propos. L'opération aurait sans doute consisté à écrêter les tours et peut-être à supprimer un étage. Elle permettait de réutiliser le château avec des frais d'entretien beaucoup plus réduits. On en a un exemple au château de Maignaut. S'il le préférait, le nouveau propriétaire était autorisé à démolir entièrement la bâtisse(4). Heureusement pour l'archéologie, le château ne fut ni abaissé ni démoli. Il a gardé sa silhouette, à défaut de ses toitures.
L'acte de vente confirme que le château n'était pas comme aujourd'hui un bloc isolé dans un champ. Il était entouré d'un mur de clôture, alors en mauvais état, qui enfermait une cour. Dans cette cour se dressait une grange, à demi effondrée en 1715. L'acte mentionne par ailleurs la métairie du château et ses écuries. On ne sait pas si ces bâtiments étaient eux aussi enfermés dans la cour, ou situés à quelque distance du château, comme ils le sont sur le plan cadastral de 1816.
Le prix de la seigneurie du Tauzia est de 13 000 livres. La somme est « payée comptée nombrée et délivrée en louis d'or, escus, demy escus et monnoie » à Jean Marignac, procureur du marquis d'Ambres, « à la veue de moy not(air)e et tesmoins ». Telle que la décrit l'acte de vente, la seigneurie du Grand Tauzia consiste dans l'exercice de la justice « haute, moyene, et basse », la perception du cens sur les terres situées dans la seigneurie, et de divers droits et seigneuriaux. Le domaine appartenant en propre au seigneur (ce que les historiens appellent « la réserve seigneuriale ») comprend le château du Tauzia et sa métairie, avec « trois boeufs, deux vaches et une petite jumant », le cabaret de Surleigne, près de la route de Valence à Condom, le moulin à eau du Tauzia sur l'Auloue, ainsi que des « preds, bois, garenes, terres cultes et incultes avec leurs contenances appartenances et dépendences ». François de Lafourcade du Pin, l'acquéreur, habite Condom. Les Lafourcade possèdent déjà la métairie du Pléchat. En achetant la seigneurie, François de Lafourcade réunit le Pléchat au domaine du Tauzia, auquel elle appartenait autrefois. Elle en avait été séparée lorsque Jean de Marestaing l'avait vendue en 1597 au sieur Dudrot, de Condom, un ancêtre de François. Mais l'acte de vente de 1715 présente encore un autre intérêt : il indique que les terres et les bois du domaine du Grand Tauzia portent toujours, 6 ans après, la marque des ravages du grand hiver de 1709.Bertrand Boquien
  1715 - Un château au bord de la ruine
Le 19 février 1715, le marquis d'Ambres, représenté par Jean Marignac, « advocat en Parlement », habitant de Valence, cède au « sieur Dupin » la « terre et seigneurie noble du Grand Tausia », avec son château :
« ... le dit château estant inhabitable, sans aucune porte de bois ny planchers ; toutes les portes cassées et soustenues par des pilloti[s] de bois ny ayant aucune croissée de bois la charpante entièrement pourrie et tombée du cotté du midy, les murailles crevassées du haut en bas en plusieurs endroits l'escallier impraticable, la charpante de la grange qui estoit en la cour entièrement tombée ny ayant que la place et les meurs qui sont partie tombés partie crevassés jusqu'au fondement [au..] bien que ceux qui font la cloiture de la cour (...) Lequel château il sera permis au d(it) sieur du Pin de faire abbaisser à tel point qu'il jugera à propos mesmes le démolir si bon luy semble... ». abbaisser à tel point qu'il jugera à propos mesmes le démolir si bon luy semble... ».
 

Notes
1 - Arch. départ. du Gers, 3 E 5248, minutes de Pierre Lacapère, 19 février 1715.
2 - Arch. départ. de Lot-et-Garonne, 5 J 687.
3 - Arch. départ. du Gers, 3 P 54.
4 - Pourquoi ces précisions ? C'est parce que le vendeur jouissait d'un droit de retrait qu'il pouvait exercer pendant une année en remboursant l'acheteur. Celui-ci était alors tenu de rendre le bien dans l'état où il l'avait trouvé, quitte à être indemnisé d'éventuelles améliorations

  Extrait du N° 37 de Maignaut Passion Info – pages 8 et 9 : Chargez le pdf
 
  Décembre 2009 - N°34
   
  Notre-Dame d'Auloue
  La petite église Notre-Dame d'Auloue est située à l'embranchement de deux chemins. Elle est formée d'une nef rectangulaire, terminée par une abside semicirculaire. Cette abside comporte un contrefort plat, dans l'axe de la nef et du choeur. Une étroite fenêtre en plein cintre l'ajoure. Ce plan permet de la rattacher à l'époque romane, même en l'absence de tout décor sculpté(1). La façade principale à l'ouest est surmontée d'un petit clochermur triangulaire, ajouré d'une arcade unique abritant la cloche. Cette façade était probablement aveugle à l'origine. On y a percé en 1882 la porte principale de l'église, porte en arc brisé, de style néo-gothique. On entrait sans doute auparavant par la porte sud, qui ouvre dans le cimetière. Cette porte, également en arc brisé paraît néanmoins plus ancienne que la porte ouest. Le corbeau qui la surmonte – et qui soutient aujourd'hui une croix de pierre – est sans doute le témoin d'une construction adossée disparue. Sur le plan cadastral de 1816 apparaît effectivement une bâtisse carrée contiguë au mur sud de l'église. C'est certainement un emban, analogue à celui de Saint-Michel de Maignaut, mais placé ici au sud. La porte de l'église s'ouvrait sous cet emban. L'édifice porte par ailleurs la marque de remaniements successifs : deux grandes fenêtres ont été percées tardivement dans le mur sud, et l'on observe une discontinuité dans l'appareil des murs entre la façade principale à l'ouest et la façade sud.
Un petit cimetière s'étend au sud et à l'est de l'église. Au début du XIXe siècle, toujours d'après le plan cadastral, il l'entourait entièrement. Avant la révolution, on inhumait aussi à l'intérieur de l'église. Les familles seigneuriales y détenaient probablement un droit de sépulture. L'église d'Auloue fut désaffectée sous la Révolution. Elle finit par être vendue comme bien national le 4 thermidor an VII (22 juillet 1799). L'acquéreur était un habitant de Valence, le citoyen Joseph Lapeyrère, « cessionnaire du citoyen Descat de la commune de Verdusan ». Ce Descat était sans doute l'adjudicataire de la vente et avait cédé ses droits à Lapeyrère. La vente ne portait que sur les murs, ce qui fait penser que cette église était destinée à servir de carrière, d'autant que l'acquéreur était maçon. Antoine de Lafourcade, l'ancien seigneur du Tauzia, et un autre habitant de la commune, nommé Bajolle, heurtés par l'idée de voir démolir cette église, rachetèrent conjointement les murs à Joseph Lapeyrère, afin d'éviter la démolition.
L'église resta à l'abandon près de 70 ans, au point de tomber en ruines. Sous le Second Empire, les fils des acquéreurs, Jacques Bajolle et Gabriel-Victor-Amédée de Laforcade de Tauzia, proposèrent de faire donation des murs à la Commune pour qu'elle soit restaurée et rendue au culte. Le sol était resté propriété de la commune(2), ainsi que le cimetière qui l'en tourait. La donation était conditionnelle : la commune devrait prendre en charge la réparation de cette église et la rendre au culte. Le souhait des donateurs était qu'on puisse y célébrer « les services religieux des inhumations » et continuer à utiliser le cimetière « objet de leurs véné ra tions », où reposaient « les cendres de leurs familles ». C'est sans doute à cause de ces tombes familiales que leurs pères avaient racheté les murs de l'église. Le projet fut très discuté dans la commune. Mais la donation fut acceptée, et la commune vendit un pâtus pour faire restaurer la chapelle(3). Bertrand Boquien
Notes
1 - Paul Mesplé, Églises romanes du Gers, Association des Amis des Eglises Anciennes du Gers, 1989, 60 p.
2 - A.D. Gers, I O 226 : lettre du maire au Sous-Préfet de Condom, 24 juin 1859.
3 - A.D. Gers, 1 O 226.
    Extrait du N° 34 de Maignaut Passion Info – pages 14 à 17 : Chargez le pdf
   
    Avril 2009 - N°32
     
    Les croix de Mission
L'inventaire photographique
    Avec pour point de départ, l'inventaire des croix en fer forgé du Gers mis en ligne par Annie et Jean Castan sur le site web marestaing.net, nous avons relevé 75 croix surmontées d'un coq. Pour l'Association, Odette Aeschlimann, Claudette Belliard et Chantal Fauché ont visité et photographié 38 sites, en priorité les plus proches de Maignaut-Tauzia. Faute de temps, le Sud-ouest du département a été ignoré.
Un constat préoccupant
- Envolés les coqs d'Auch (place des Carmélites) et de Tournecoupe
- Tristes reliefs pour ceux de Rozès et de Saint-Clar (chemin de ronde)
- Etat alarmant pour ceux d'Aurimont, Berrac, Caussens,
Ligardes, Peyrecave, Saint-Léonard et Sempesserre
- Restaurations récentes des coqs d'Endoufielle et de Gimbrede
et un coq ajouté à l'Isle-Arné lors d'une réfection de la croix.
Signalons encore la croix de Gondrin, victime de la tempête de janvier 2009, notre photographe est arrivé trop tard pour capturer le coq. Globalement, nous avons découvert un patrimoine bien souvent ignoré et peu entretenu qui mériterait pourtant une grande attention du fait de sa diversité et de sa fragilité. Comme vous le constaterez dans les deux pages suivantes, des artisans locaux, serruriers ou ferroniers ont donné le meilleur de leur savoir-faire pour réaliser ces croix et notamment les coqs. Il s'agit souvent d'un art populaire authentique parfois même presque naïf dans la représentation réaliste des multiples instruments de la passion du Christ.
    « L'inventaire des Croix en fer forgé du Gers »
Une nouvelle édition de l'ouvrage vient de paraître, la 7e depuis 1993. Ce livre illustré d'esquisses d'Annie Castan décrit 412 croix dans 290 communes gersoises.
Vous pouvez vous le procurer auprès du CEREM 32490 Marestaing au prix de 35 euros
    La symbolique du coq
Présent sur de très nombreuses croix de fer forgé gersoises, aux côtés des instruments de la passion, le coq illustre la phrase de Jésus à son disciple Pierre « Avant que le coq ne chante deux fois, tu me renieras trois fois ».
    Le choix d'un coq pour Maignaut ?
Nous avons désormais les témoignages de 3 maignautois qui ont souvenir d'un coq surmontant la croix dans les années 1970-80. On a évoqué plutôt un « poulet » mais sans doute le coq déjà très abîmé avait-il perdu une partie de ses attributs. D'autres habitants l'ont sans doute croisé du regard, nous souhaitons vivement qu'ils nous fassent partager leur mémoire. Sur la base de ces témoignages et à l'aide de l'inventaire partiel présenté dans ce bulletin nous proposerons de remettre en place un coq proche de celui d'origine, respectant le style de la croix et recueillant l'aval des autorités locales.
    L'offre de Maignaut Passion à la commune
Après un premier courrier au maire en date du 14 janvier, nous lui avons adressé le 12 février une seconde lettre à laquelle étaient joints deux devis, le premier de la société Histoires de Pierres pour la réfection du socle gravé d'un montant de 1.455 euros, le second de la Forge de Noulens d'un montant de 837 euros pour la fabrication d'un coq et le traitement en peinture de l'ensemble de la croix. L'association a proposé au de financer l'opération soit par réglement direct aux entreprises soit par un don à la commune qui passerait commande. Une réponse nous parviendra sans doute prochainement.
    Extrait du N° 32 de Maignaut Passion Info – pages 1 à 3 : Chargez le pdf
   
    Avril 2009 - N°32
     
    Un « château gascon : le Tauzia
    Des origines obscures
Le Tauzia appartient à la famille des « châteaux gascons », une famille de maisons-fortes, qui « se réduisent à un corps de logis, sur plan rectangulaire, flanqué d'une ou plus souvent de deux tourelles » (Georges Tholin). On a longtemps pensé que ces petits châteaux avaient été élevés des deux côtés d'une frontière « franco-anglaise », après le traité d'Amiens de 1279, qui avait rendu l'Agenais au roi d'Angleterre, aussi duc d'Aquitaine. Les recherches de l'historien Jacques Gardelles, dans les années 1970, ont fait justice de cette théorie, qui a pourtant connu une grande popularité. Pour cet historien, le Tauzia doit être considéré « comme une simple maison forte élevée par quelque petit seigneur désireux de se défendre contre les brigandages fréquents en une période d'insécurité généralisée »(1). Aucun document n'éclaire les origines du château. On peut seulement situer sa construction « entre le milieu du XIIIe et le milieu du XIVe siècle », fourchette dans laquelle s'inscrit la construction des « châteaux gascons », selon Gilles Séraphin, leur dernier historien. Rien ne permet de savoir si une autre construction a précédé le château actuel, au même emplacement. Il faut cependant rappeler qu'une famille du Tauzia apparaît dans les textes bien avant la période de la construction du château(2).
Le Tauzia n'a été le théâtre d'aucun événement remarquable dont on ait gardé le souvenir. Il fut sans doute occupé par ses seigneurs et leurs familles jusqu'à sa vente, en 1640, par les Marestaing, aux Gélas. Ceux-ci possédaient dans les environs le château de Flarambel et n'avaient guère de raisons de s'établir au Tauzia. A partir de ce moment, le château cesse d'être une résidence seigneuriale. Mais il n'est pas abandonné immédiatement. Un marché de réparations de charpente et de couverture passé en 1654 montre qu'il est toujours entretenu à cette époque(3). Il est vrai qu'il n'est pas en bon état : les eaux qui s'écoulent le long de la tour tombent à l'intérieur du logis, un plancher menace de s'effondrer, il faut étayer certaines pièces de charpente... Deux ans auparavant – on était à l'époque de la Fronde – des travaux de fortification avaient encore été réalisés aux abords du château. Après sa vente aux Gélas, le château sert de résidence au fermier de la seigneurie ou à sa famille ou à quelque autre représentant du seigneur(4). C'est là que le fermier administre le domaine, passe les contrats, perçoit les redevances. L'acte le plus tardif passé « dans le chasteau noble du Tauzia », retrouvé à ce jour, remonte au 4 mai 1674. Ensuite, on n'entend plus parler du Tauzia avant les années 1810. A cette époque, les experts du cadastre mentionnent « un très vieux château abandonné et dont on ne voit plus que les quatre principales murailles et deux tours(5). »
Un bloc flanqué de deux tours
On peut décrire le château du Tauzia comme un bloc de pierre flanqué d'une tour et d'une tourelle à deux de ses angles. Le logis forme un parallélépipède d'environ 12 m sur 14 m. A la haute tour quadrangulaire du nord-est répond une tourelle en encorbellement de même hauteur, à l'angle diagonalement opposé. L'élancement de ces tours témoigne de « la forte valeur emblématique » attachée à ces ouvrages(6). Les murs du château sont construits dans un blocage très dur, habillé de chaque côté d'un parement de pierre de taille constitué d'assises en appareil moyen régulier. La bâtisse n'a plus ni toiture ni planchers. A l'intérieur, un gros mur de refend, en partie démoli, sépare deux grands volumes vides. On lit sur les parois la trace des planchers disparus. Le sommet des murs s'érode. Les hommes ont accéléré l'érosion naturelle, car le château a aussi servi de carrière : la démolition de la tour d'escalier a laissé une grande brèche montant de fond en comble dans la façade principale et des pans entiers du parement ont été arrachés à la base des murs. Les pierres ont sans doute servi à la construction aux alentours, ou à empierrer les chemins. La « grande tour », comme on la nomme au XVIIe siècle, est une tourporte de plan quadrangulaire. Elle mesure environ 4,50 m sur 3,70 m à la base, pour une hauteur approximative de 25 m(7.) Elle ressemble aux innombrables tours-portes élevées aux XIIIe-XIVe siècles à l'entrée des villages ou des châteaux de la Gascogne gersoise. Elle n'offre qu'un flanquement limité, puisque, si elle s'avance par rapport à la façade principale du château, elle est alignée sur la façade sud-est. Elle abrite un haut porche voûté, au fond duquel s'ouvre la porte du logis(8). On retrouve un porche similaire au château voisin de Mansencôme. Ces porches étaient complè tement ouverts sur l'extérieur, à l'origine. La tourelle de l'angle opposé, est à peu près intacte. De plan polygonal, elle déborde de part et d'autre de l'angle du logis par un jeu d'encorbellements. Elle était couronnée d'un parapet crénelé, dont subsistent encore quelques merlons.
A la recherche du château médiéval
Le logis du Tauzia est mieux conservé, malgré sa ruine, que son voisin le château de Maignaut, mutilé au XIXe siècle. Mais ses ruines sont celles d'un château profondément transformé à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle. Pour retrouver son état initial, il faut rechercher patiemment dans les murs les traces des dispositions les plus anciennes. L'accès aux parties hautes du logis étant impossible, il faut se contenter d'observations faites à partir du sol. Ces observations, à défaut d'une étude plus approfondie, permettent de retrouver de nombreuses traces : ouvertures murées, fragments ou empreintes en négatif de baies supprimées, saignée laissée dans le parement des murs par un pan de toit, discontinuités dans les maçonneries indiquant deux temps de construction etc. On peut ainsi restituer dans ses grandes lignes l'état d'origine du logis.
A sa construction, il comportait trois niveaux. Il en aura quatre par la suite. Le grand mur de refend n'existait pas. Peut-être des piliers de maçonnerie ou des poteaux de bois soutenaient-ils les poutres maîtresses portant le solivage. Le rez-de-chaussée n'était éclairé et ventilé que par des fentes de jours, aujourd'hui obturées. Six de ces jours sont encore reconnaissables(9). Un évier existe dans la paroi sudouest. Il rejetait ses eaux usées vers l'extérieur par un petit conduit ménagé à travers le mur. On trouve aussi à ce niveau les niches de plusieurs armoires murales, dont les encadrements ont été systématiquement arrachés. Ce niveau servait probablement de lieu de stockage et de chai, comme le suggère Gilles Séraphin, pour qui l'évier était destiné « à l'entretien de la vaisselle vinaire ». Le premier étage était éclairé par des jours semblables à ceux du rez-de-chaussée. Quatre sont encore reconnaissables. La plupart des percements ouverts actuellement à cet étage – et pas seulement les grandes croisées – n'existaient pas à l'origine. Cet étage n'était pas plus habitable que le rez-de-chaussée, et devait servir lui aussi au stockage.
C'est au second étage que se trouvait l'habitation seigneuriale : c'est là qu'on trouve les éléments de confort et d'habitabilité. On voit encore la trace d'au moins trois grandes fenêtres. Il s'agissait probablement de baies géminées, comme on en voit encore une au château de Maignaut. On trouvait aussi deux cheminées, ménagées dans le mur sud-est. Elles ont été supprimées lors du percement des fenêtres actuelles. Cet étage disposait d'une latrine, placée dans un caisson en encor bellement, sous la tourelle d'angle. On aperçoit du sol une petite niche : probablement un lavabo(10), et deux armoires murales. La présence de deux cheminées indique que l'espace était déjà cloisonné avant la construction du mur de refend. La distribution de ce premier château est celle que Gilles Séraphin prête à la plupart des « châteaux gascons ». Les deux premiers niveaux servent généralement au stockage. Le premier sert le plus souvent de chai, le second de grenier, et peut-être de refuge à l'occasion. C'est le troisième niveau qui sert à la résidence.
Le château est transformé vers le début du XVIe siècle
Vers 1500, le château est profondément remanié, par les Marestaing, qui possèdent alors la seigneurie du Tauzia. Beaucoup de seigneurs, à cette époque, ajourent les murs de leurs châteaux de grandes fenêtres et introduisent de nouveaux décors, pour disposer d'une résidence mieux éclairée et plus confortable. Le percement de grandes croisées et la construction d'une tour d'esca lier métamorphosent la façade sud-est du Tauzia. A l'intérieur, le logis est complè tement réorganisé. L'habitation proprement dite, jusqu'alors cantonnée au second étage, occupe désormais deux niveaux. Au premier étage, jusqu'alors faiblement éclairé par de petits jours, les grandes croisées laissent désormais entrer la lumière. Le nouvel escalier permet un accès plus facile aux étages et entraîne des changements dans la distribution. Les nouvelles fenêtres, sont presque toutes surmontées d'une archivolte horizontale, qui dans la plupart des cas retombe de chaque côté sur des consoles. L'une de ces consoles est sculptée d'un petit personnage aux bras levés, les autres de têtes d'hommes, de feuillages ou d'autres motifs végétaux difficilement identifiables du sol(11). D'autres sont simple ment pyramidales(12).
L'escalier à vis était contenu dans une tour « hors oeuvre », de plan semi-circulaire ou polygonal. Pour la construire, on avait ouvert une grande brèche verticale dans le mur épais du logis. La cage d'escalier était cylindrique. Cette tour d'escalier a été démolie à une époque ancienne : elle n'est pas représentée sur le plan cadastral de 1816, alors que l'avancée de la tour-porte est bien visible. Le mur de refend qui partage le logis en deux a-t-il été construit en même temps que la tour d'escalier ? C'est probable, car ce mur avait aussi pour fonction de recevoir les nouvelles cheminées. Les anciennes, ménagées dans le mur sud-est au second étage, étaient condamnées par l'ouverture des croisées. On reconnaît au rez-de-chaussée quelques lambeaux de la hotte et du conduit d'une grande cheminée. La démolition partielle du mur a fait disparaître les cheminées des étages. Il reste seulement l'encorbellement qui supportait l'une d'elles, située au premier étage.
Comment le logis était-il couvert ?
La toiture du château a disparu depuis longtemps et il ne subsiste que de maigres traces du couronnement des murs, érodés par le temps. On distingue encore par endroits les arrachements d'un parapet. De l'intérieur, on observe une ligne de corbeaux courant au sommet des murs. Des portes suspendues dans le vide donnaient accès autrefois à la tourelle et à la tour-porte depuis le sommet du logis. Elles prouvent l'existence d'une circulation à ce niveau.On ignore si cette coursière était couverte par le toit, ou si au contraire on circulait à l'air libre au sommet du logis, le toit se trouvant en arrière de la coursière(13). En tout cas, une toiture débordante a couvert le logis au moins dans les derniers temps précédant son abandon. On voit sur une des faces de la tour-porte une saignée oblique, trace d'un pan de toit disparu. Ce pan de toit venait recouvrir le parapet et sa présence indique que la porte ouvrant de la coursière dans la tour fut alors condamnée(14).
Le château n'a pas toujours été le bloc isolé que l'on voit aujourd'hui
Avant son abandon, le château du Tauzia n'était pas le bloc massif isolé au milieu des champs qu'on peut voir aujourd'hui. Il était entouré d'une clôture, dont l'aspect nous est inconnu. Peut-être existait-il à l'origine autour du château un talus surmonté d'une palissade de bois. Les abords du château furent protégés à l'époque de la Fronde par un « ravelin », petit ouvrage défensif muni de canonnières. Le marché passé en 1652 pour sa construction mentionne l'existence d'une cour et de deux basses-cours, qui sont fermées par une porte et un portail(15). Une clôture entoure donc encore le château à cette époque tardive. Elle n'a pas laissé de traces. A l'intérieur de cette enceinte ont pu exister, adossées au château, ou à proximité, des écuries, des hangars. Peut-être enfermait-elle à l'époque la métairie du château.
Comme au château de Maignaut, les façades ont gardé la trace de constructions adossées au logis. Une ligne de corbeaux court tout le long de la façade sud-est, à peu près au niveau du plancher du premier étage. On en voit une autre ligne au second étage sur la façade arrière. Ces corbeaux sont probablement là depuis l'origine du château. Ils soutenaient des structures de charpente, dont il est bien difficile d'imaginer l'aspect et la fonction. Par ailleurs, sur la face nord-est du logis de grands saignées horizontales dans le parement du mur témoignent de l'existence d'une construction adossée au logis, élevée à une époque inconnue. A côté, une saignée oblique dans le parement de la tour-porte, marque peut-être l'emplacement du toit de cette bâtisse disparue. Bertrand Boquien
Notes
1 - Jacques Gardelles, Le Tauzia, dans : Congrès Archéologique de France, Gascogne, 1970, Paris, 1970 (p. 177-180), Id., Les châteaux du Moyen Âge dans la France du Sud-Ouest. La Gascogne anglaise de 1216 à 1327, Genève, 1972, 284 p. (p. 21).
2 - Denis de Thézan, Valence-sur-Baïse et ses environs. L'auteur ne cite pas sa source, mais cela n'autorise pas à rejeter a priori l'information.
3 - A.D. Gers, 3 E 2666 (6 déc. 1654).
4 - Actes passés par Vital Brocque, fils du fermier de la seigneurie, demeurant « au chasteau du Grand Tausia », 19 janvier et 26 mai 1652 (A.D. Gers, 3 E 2666). Ph. Lauzun cite un contrat passé le 4 janv. 1671 par Pierre Cazanave, juge d'Ambres, « à présent habitant au château du Tauzia » (Philippe Lauzun, Châteaux gascons..., Revue de Gascogne, T.XXXIII, 1892, p.313-326, 553-567, T.XXXIV, 1893, p.22-37, 53-61).
5 - A.D. Gers, 3 P 54.
6 - Gilles Séraphin, op. cité, p. 28.
7 - A.D. Gers, 3 E 2667, 6 déc. 1654.
8 - Il est possible qu'une autre porte, accessible par un escalier extérieur, ait existé au premier étage. Il existe des portes à cet étage, mais aucun élément ne permet de les dater.
9 - Une ouverture informe dans la façade sud-est résulte probablement de l'arrachage des pierres d'encadrement d'un jour supplémentaire.
10 - Un conduit d'évacuation est visible sur la face externe du mur.
11 - Aujourd'hui, l'une d'entre elles est proche de l'effondrement. Le linteau est brisé et l'arc surmontant l'embrasure intérieure s'est écroulé récemment.
12 - Une seconde demi-croisée, au second étage, simplement ornée d'un encadrement en cavet, ne paraît pas appartenir pas à la même campagne de travaux.
13 - Disposition qu'on trouve au château de Sainte-Mère, comme l'indique Gilles Séraphin.
14 - Une saignée semble exister également sur une face de la tourelle. Elle témoignerait de l'existence d'un pan de toit débordant, perpendiculaire à la saignée visible dans la tour-porte. Cette toiture aurait donc comporté au moins trois pans.
15 - Le marché de réparation de couverture du 6 déc. 1654 indique que les matériaux seront déposés par le commanditaire « dans la basse court dudit chasteau » (A.D. Gers, 3 E 2667).
    Extrait du N° 32 de Maignaut Passion Info – pages 4 à 7 : Chargez le pdf
   
    Juillet 2009 - N°29
     
    Maignaut-Tauzia a 3 moulins...
    Le 14 juin dernier, Journée Nationale du Patrimoine Local et des Moulins, nous proposions aux membres et sympathisants de l'association, une découverte des moulins de la commune. Au moulin du Tauzia, nous étions reçus avec chaleur par Marie-Louise McRae et Steve Drake, propriétaires du lieu depuis peu et fiers de nous montrer l'ampleur de la tâche qu'ils se sont imposée pour remettre en état leur moulin. Les premiers travaux de défrichements nous ont permis d'accéder au barrage tandis qu'à l'intérieur du moulin, nous avons à peine dérangé les canards qui couvent de plein droit sur les meules. Marie-Louise et Steve nous ont ensuite accompagnés au Moulin de Maignaut où nous attendaient les propriétaires Emilienne Boué et Roland et Monique Estrem-Monjouste. Le lieu était bien tel que Bertrand Boquien nous l'avait décrit : médiéval et à l'état neuf. L'ouverture d'une vanne a mis en action la roue de fond de puits entraînant courroies et engrenages d'une mini-centrale électrique. Sur le second puits la meule est toujours surmontée de la trémie à grains et de l'auget. Plus de céréales dans la vaste salle mais pendu à une poutre, un jambon séchait paisiblement. Traversant la route, nous décou vrions le barrage qui autrefois assurait une alimentation régulière en eau pour le moulin. Aujourd'hui, nous précisait Roland Estrem-Monjouste, les prélèvements agricoles sur l'Auloue ne permettraient plus un bon fonctionnement. Autour d'un buffet proposé par nos hôtes, nous avons exprimé notre gratitude pour l'accueil et notre respect pour l'entre tien de cet exceptionnel patrimoine. La marche s'achevait au moulin du Pouy où Madame Odette Rivière acceptait sur ses terres, les piqueniqueurs molinophiles.
    A la découverte des moulins de Maignaut-Tauzia - 14 juin 2008
Textes extraits de travaux préparatoires rédigés par Bertrand Boquien
    Le moulin du Tauzia, autrefois affermé par les seigneurs du Tauzia. Le premier bail retrouvé date du 3 mars 1632, Guillaume de Marestang, seigneur du Tauzia, indique que le moulin consiste « en deux meules mollantes et corantes, basty de pierres à deux étages sur l'Auloue ». En 1816, le moulin appartient toujours à la famille de Lafourcade, dernière famille seigneuriale du Tauzia. On sait par les Annuaires du Gers que deux meuniers exploiteront le moulin après la Seconde Guerre mondiale : Antoine Piaggi, puis Henri Puleggi dans les années 1960. Ce seront sans doute les derniers meuniers du Tauzia.

Le Moulin de Maignaut. Il appartenait au seigneur du même nom.
Son origine est médiévale comme en attestent ses murs. Une digue ou « paissière » barre la rivière un peu en amont de ce pont, détournant une partie de l'eau vers le canal du moulin. Jusqu'à la Révolution, le seigneur – ou ses fermiers – affermaient le moulin à des meuniers. Le moulin, décrit « à deux tournants » en 1812, comporte effectivement deux jeux de meules. Celles-ci sont placées au-dessus de puits cylindriques au fond desquels se trouvent les « rouets », roues horizontales reliées aux meules par un axe vertical. Les axes verticaux transmettaient le mouvement aux meules « tournantes » (mobiles) qui écrasaient le grain contre les meules « dormantes » (fixes). L'eau s'évacuait en aval du moulin par un canal de fuite qui rejoignait la rivière.

Le moulin à vent du Pouy Bâti au sommet du « Pouy » (la colline), il ne porte pas de nom particulier. Aux XIXe et XXe siècles, le propriétaire du Moulin de Maignaut est aussi propriétaire du moulin à vent bâti au Pouy. Sa construction doit remonter aux environs de 1820. En effet, il n'est pas représenté sur le plan cadastral de 1816 mais on sait qu'il existe en 1830, puisque Jean Desbarats le vend à François Lanna. Aujourd'hui, ce moulin à vent est ruiné. Il ne reste plus que sa « masse » (la tour cylindrique en pierre). On ignore à quelle époque il a cessé de fonctionner. Il était déjà en ruines dans les années 1940, une photo datant de cette époque le montre sans toit, il aurait brûlé.
    Extrait du N° 29 de Maignaut Passion Info – pages 1 à 3 : Chargez le pdf
   
    Janvier 2008 - N°28
     
    Les hourds dans l'architecture médiévale
    Pourquoi un article sur les « HOURDS » dans le petit journal de l'association ? La vieille porte de Maignaut a retrouvé de la noblesse grâce à un surcroît de comble qui ressemble à un hourd, c'est l'occasion d'évoquer ces ouvrages de défense. Nous devons cette belle reconstitution à Patrick Arnaud du Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine du Gers, et aussi, au Président Belliard qui a montré beaucoup de courage et une grande perspicacité pour mener à bien cette entreprise. Tout le monde se souviendra des complexités et rebondissements pénibles (le mot est trop aimable) qui ont contrarié le chantier de la vieille porte…
Etymologie
Le terme viendrait du Haut Allemand « HURT » (claie de bois), ou du français « hourder » qui signifie bâtir et remplir de torchis entre des pans de bois Au Bas Moyen Age, Hourd ou Bretêche désignait un ouvrage de bois destiné à la défense et qui s'encorbellait sur l'extérieur. Le terme de hourd s'appliquait aussi pour les estrades et leurs loges de bois édifiées temporairement pour accueillir les spectateurs d'une joute ou d'un tournoi ; en langue Romane, on les appelait « cadafalc », terme qui, en occitan, désignait les hourds de défense.
Définition
Les hourds sont des galeries de bois, sortes de balcons pourvus d'un parapet et parfois d'un toit ; ils furent édifiés en saillie devant les maçonneries, au sommet de tours et de courtines des places fortes. Le plancher des hourds était percé de larges orifices, fermés par des trappes ; ces dispositifs permettaient aux défenseurs de tirer verticalement avec des armes de jets et de projeter des pierres sur les assaillants qui s'approchaient de la base de la muraille. Refermées après les tirs, les trappes mettaient les gens d'armes à l'abri des traits ennemis ; les parapets, percés d'ouvertures telles que des petites fenêtres ou des archères, favorisaient une défense active et relativement sécurisée. Malheureusement, ces galeries de bois étaient inflammables et fragiles face aux projectiles des engins de sièges. Leur usage ne dura qu'un temps, elles furent progressivement remplacées par les mâchicoulis de maçonnerie mais ne disparurent pas totalement dans les régions où le bois d'œuvre était abondant.
Les hourds aux XIIe et XIIIe siècles
De ces époques, il n'en reste plus aucun exemple d'origine, seules quelques « traces » laissées dans les maçonneries : de profondes empochures qui recevaient les solives du plancher ; ces « trous de hourds » étaient aménagés au moment de la construction du bâtiment, parfois traversant l'épaisseur du mur ; le maître d'ouvrage s'était peut-être appliqué à concevoir la mise en place des solives en les glissant de l'intérieur vers l'extérieur, sans échafaudage, permettant une remise en état rapide. Le célèbre architecte, et archéologue Violet Le Duc était persuadé que ces galeries n'étaient établies qu'au moment des troubles puis démontées et remisées après les sièges. Même si toutes les pièces de bois du hourd étaient « standardisées » à la façon d'un « kit », une mise en place aussi rapide aurait nécessité une équipe de charpentiers immédiatement disponible et capable de réaliser l'ouvrage dans un délai très court. Nous pensons que ces défenses étaient bâties à demeure et que tout était prévu pour les remettre rapidement en état. Au XIIe siècle et dans la première moitié du XIIIe siècle, les hourds étaient parfois placés à un niveau intermédiaire, situé aux deux tiers de l'élévation du bâtiment, une ou plusieurs portes étaient ménagées pour y accéder ; ils pouvaient être couverts d'un toit en appentis qui les protégeait des intempéries, les traces de ces couvertures et de leurs larmiers sont assez fréquentes. Ils étaient donc bien bâtis à demeure !
Les hourds aux XIVe et XVe siècles
A la fin du XIIIe siècle et surtout au XIVe siècle quelques améliorations furent apportées ; des consoles de pierre scellées juste au-dessous des « trous de hourd » permettaient de mieux épauler les solives, et d'augmenter la saillie des galeries. Parfois de petits corbeaux placés à un mètre environ en dessous des « trous de hourd », recevaient les pieds de jambes de force qui reprenaient l'about des solives, leur évitant de « plonger » et de travailler en porte à faux. Ces galeries étaient accolées devant les maçonneries, d'autres prenaient leurs assises en haut des tours, simplement posées sur l'arase de couronnement. Dans ce cas, l'ossature du hourd constituait la base de la charpente du toit et sa saillie était de faible importance, afin de ne pas déstabiliser le comble. Ce type de hourd que nous appelons « bâti » fut courant de la fin du XIVe siècle à la première décennie du XVIe siècle. Ce sont les seuls qui nous soient parvenus ; un certain nombre a échappé aux démantèlements des XVIe et XVIIe siècles ; à la fin du XIXe siècle ils étaient encore nombreux, malheureusement des travaux de réfection de toiture ou de charpente en ont fait disparaître. Nous avons entrepris cette étude des hourds subsistants en 1995 ; aujourd'hui, un premier inventaire peut être dressé :
- Enceintes urbaines : 5
- Eglises fortifiées : 15
- Châteaux et Maisons Fortes : 19
Nos recherches se poursuivent car la « liste » n'est probablement pas exhaustive, des bâtiments à hourds restent à découvrir, cette étude permettra peut-être des reconstitutions de qualité telles que la tour porte de Maignaut. Quelle passion ! Philippe de Saint-Wandrille
    Extrait du N° 28 de Maignaut Passion Info – pages 4 à 7 : Chargez le pdf
   
    Juillet 2007 - N°27
     
    Lassalle, une très ancienne maison de maître
    Une « salle » médiévale « Lassalle » : le nom de cette maison indique son origine médiévale probable. La « salle » désigne, en effet, en Gascogne, une petite maison-forte médiévale (1). Dans la commune de Maignaut ou aux environs immédiats, on trouve plusieurs de ces « salles » le long de la vallée de la Gèle : la « Salle de Franco » et la « Salle Vieilhe » à Saint-Puy, et notre « Lassalle » de Maignaut, qu'un acte du XVIIIe siècle appelle « Lassalle de Méric ». Mais si la « Salle Vieilhe » ou la « Salle de Franco » présentent encore des murs de pierre de taille qui permettent d'y reconnaître aisément des constructions du Moyen Âge, on ne voit rien de tel à « Lassalle » de Maignaut, qui se présente comme une maison de maître du XVIIIe siècle. En fait, la maison actuelle a dû succéder au même emplacement à une construction plus ancienne. En piquant l'enduit d'un mur de refend, le propriétaire de la maison a retrouvé un bel « appareil moyen régulier » caractéristique d'un bâtiment médiéval. Ceci semble donc confirmer l'hypothèse d'une reconstruction à l'emplacement d'une « salle » médiévale. Lors de cette reconstruction, on a dû réutiliser dans la nouvelle bâtisse quelques pans de murs de l'ancienne maison-forte.
La maison du XVIIIe siècle
La maison actuelle remonte au XVIIIe siècle, à en juger par le cintre des portes et des fenêtres. C'est une maison basse (un rez-de-chaussée et des combles), aux lignes simples, mais élégantes. De belles portes, aux piliers surmontés de boules donnent accès à la cour et au jardin à l'ouest de la maison. Si la maison est discrète, de beaux arbres signalent la propriété, visibles de la route qui conduit de Maignaut à Herret, mais aussi de beaucoup plus loin, de l'autre côté de la vallée de la Gèle, ou des hauteurs de Pouypetit. Cèdres, pins, et autres grands arbres, différents des essences locales, indiquaient autrefois dans les campagnes la maison de maître ou le château.
Les maîtres de Lassalle
La maison de « Lassalle » (expression qui sent un peu le pléonasme) est restée à travers les siècles la demeure d'une famille noble et plus tard de familles bourgeoises. Ses origines restent inconnues. Au stade actuel de nos recherches, on ne connaît pas ses occupants avant le XVIIIe siècle. La maison appartient alors à la famille Boyer. On trouve mention de quelques-uns de ses membres dans différents documents : les premier Boyer retrouvés sont Jean, propriétaire de la maison de Lassalle en 1729, et François, « Sieur de la Salle entien officier du Régiment de Normandie » qui possède des terres voisines, dont une terre indivise avec Jean. Il s'agit sans doute de proches parents(2). Dans les registres paroissiaux de Maignaut, on relève le décès le 3 novembre 1743 à « Lassalle de Méric » de Jean-François Boyer, chirurgien, âgé de 22 ans, inhumé le 4 dans l'église Saint-Michel(3). En 1789, la maison de Lassalle était apparemment habitée par Jean-Baptiste Boyer, « bourgeois ». C'est lui – sauf homonymie – qui fut le premier maire de Maignaut(4). Il est mentionné comme tel à la date du 21 février 1790 et encore au 4 septembre 1791. Sa fille, Marie, épouse le 25 août 1789 Renaud Bajolle, négociant de Valence. Le ménage est-il venu habiter Lassalle ? Ce n'est pas certain : la matrice cadastrale de Maignaut en 1816 indique un « Raynaud Bajolle » habitant Trouillon et non Lassalle (5). En 1830 en tout cas, Jean-Pierre Bajolle, fils de Renaud, réside à Lassalle. Après lui, on y trouve son fils Sylvain, qui mourra en 1894. La veuve de Sylvain, habite encore la propriété en 1896, avec André, leur fils. Ensuite, les recensements n'indiquent plus que des domestiques et les Bajolle semblent avoir quitté Maignaut(6). Ont-ils vendu la propriété à cette époque ? Les Bajolle sont des notables influents à Maignaut. Renaud Bajolle est agent municipal au temps des municipalités de canton, puis adjoint au maire. Son fils Jean-Pierre est maire de Maignaut, et après la réunion avec Tauzia-le-Grand, maire de la nouvelle commune de Maignaut- Tauzia(7). Sylvain Bajolle, fils de Jean-Pierre, sera à son tour maire de Maignaut dans les débuts de la IIIe République. Notable conservateur, il sera battu aux élections municipales de 1881 et devra laisser sa place à un maire républicain.
Le domaine de Lassalle
Vers 1890, le domaine de Lassalle est décrit comme un domaine « d'une contenance de quatre vingt quatre hectares environ situé dans les communes de Maignaut Tauzia et de Valence consistant en maison de maître et de colon, décharges, bâtiments d'exploitation, sol, patus, jardin, viviers, terres labourables, vignes, prés, bois et friches, dont le chef lieu d'exploitation est dit à Lassalle commune de Maignaut Tauzia (8) », auxquels s'ajoutent encore 10 autres hectares de terres labourables, prairies et vignes. La taille de l'énorme tour-pigeonnier qui fut construit du temps de Sylvain Bajolle et du hangar (chais ?), probablement contemporain, témoignent d'une exploitation prospère. On assure pourtant que les Bajolle, propriétaires-rentiers, furent amenés à s'endetter au point d'être contraints de vendre leur propriété. Le cas se produisit souvent en Gascogne vers la fin du XIXe siècle, dans un contexte de crise agricole amplifiée par l'invasion du phylloxera. La propriété sera acquise plus tard par Paul-Marie Galabert, agriculteur et bouilleur de cru, et futur maire de Maignaut- Tauzia et sera exploitée par sa famille pendant plusieurs générations. Bertrand Boquien
Notes
1. Gilles Séraphin en décrit le type : un corps de bâtiment de plan rectangulaire, avec une largeur de 9 à 10 m pour une longueur de 10 à 15 m et comportant habituellement 3 niveaux (Gilles Séraphin, Salles et châteaux gascons, un modèle de maisons fortes, Bulletin Monumental, T. 157, 1999, p. 11-42.
2. Arch. départ. du Gers, E Supplément 3237 (livre-terrier de Maignaut).
3. Arch. départ. du Gers, 5 E 389 (registres paroissiaux de Maignaut).
4. Id., E Supplément 3012.
5. Arch. départ. du Gers, 3 P 807.
6. Ou tout au moins n'y ont plus leur résidence principale (A.D. Gers, recensements de 1901, 1906 et 1911).
7. Il aura pour adjoint Jacques... Bajolles, auparavant dernier maire de Tauzia-le-Grand. Car Bajolle (avec ou sans s), est un nom de famille extrêmement répandu autour de Valence.
8. Etat d'inscriptions aux Hypothèques, 1er avril 1891 (Arch. de la famille Ladouch).
    Extrait du N° 27 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Janvier 2006 - N°21
     
    La belle motte de Maignaut
    Le nom de Maignaut, nous sommes nombreux à l'avoir dit, évoque les origines et références gothes du village. C'est le point de rassemblement fortifié de guerriers (majî) autour d'un chef. Maignaut est ainsi l'un des plus anciens villages gascons de ceux qui, nés parfois avant Clovis (? 511), s'épanouirent aux temps carolingiens (IXe et Xe siècles). Il s'agit d'un habitat sur motte. L'habitat castral occupe la haute motte ou haute-cour (en anglais upper bailey) associé à son village de soldats, artisans et agriculteurs, situé sur une motte plus basse ou basse-cour (en anglais lower bailey).
Les mottes accrochées parfois à quelque pointement rocheux, sont essentiellement constituées de remblais. La haute motte de Maignaut, qui occupe la partie Est du village, est particulièrement intéressante. Ses flancs abrupts, autrefois soulignés de fossés, dominent de plus de 7m la route qui l'encercle. Elle est toujours couronnée d'une tour et d'un château en leur état du XVe siècle et possédait autrefois une église bien marquée au sol.
Cette haute motte comme la basse motte voisine, a été entourée d'un mur rempart au tournant du XIIIe siècle. Masse de maçonnerie lourde, posée sur des mottes de remblais, le mur devait se révéler fragile en plusieurs points. Il a disparu en bien des endroits mais les fouilles archéologiques conduites en 1983/84 l'ont retrouvé à l'Ouest du village et la topographie urbaine le révèle au niveau des portes et au droit du cimetière.
La motte castrale, à l'Est du village, allégée de l'église déplacée à la fin du XIXe siècle, supporte le poids des murs et des hautes architectures seigneuriales des XIIIe et XVe siècles. Elle est en danger. Or, sans elle, Maignaut n'a plus de sens. Belle, bien ronde, bien dressée, bien conservée jusqu'à ce jour, gardant la trace des constructions anciennes, elle est preuve d'Histoire. Partout les mottes, souvent dépeuplées, disparaissent. Celle de Maignaut, bien vivante, fait exception. La sauvegarder est un devoir.
Renée Mussot-Goulard,
Historienne, médiéviste et archéologue
    Extrait du N° 21 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Janvier2005 - N°18
     
    Verrous et serrures dans les bâtiments du XIIe au XVe siècle
    Faisant suite à ses articles sur les ventaux de portes médiévales (MPI n°12 et 13), Philippe de Saint-Wandrille nous présente une initiation à la serrurerie médiévale, largement illustrée de ses photos personnelles(en pages centrales).
VERROUS du latin veruculum = broche ou barre de métal
Dans les textes anciens, les verrous sont souvent nommés verel, coureil, ou pesle. Les verrous pouvaient être cylindriques, octogonaux ou méplats ; manoeuvrés par un levier, un anneau ou une balottière, ils coulissaient horizontalement dans des vertevelles fixées à la menuiserie.
L'extrémité qui ne pénétrait pas dans la gâche était fréquemment coudée et ornée d'une tête de chimères. A moins d'être associés à une serrure, ils n'étaient utilisés qu'à l'intérieur des bâtiments.
Les verrous à queue, fixés verticalement, que nous remarquons pour la fermeture de doubles ventaux, sont postérieurs au XVe siècle et ne semblent pas avoir été utilisés précédemment (aucune trace dans l'iconographie ni dans les grandes collections).
Lorsque le levier de manœuvre d'un verrou est pourvu d'un auberon à son extrémité, on lui donne le nom de moraillon; dans ce cas, il est toujours associé à une serrure à moraillon.
TARGETTES
Petits verrous de section méplate, dont les coulisseaux sont rivés sur une platine métallique – fréquemment utilisées au XVe siècle pour la fermeture de petits ouvrants, tels que volets ou châssis de fenêtres.
SERRURES du latin sera = tenir enfermé/serare = clore
En vieux français médiéval on trouve les termes de serralhe, serreure, serraille, ou claveure Les serrures de cette époque peuvent être classées en trois grandes catégories.
1. SERRURES à « MORAILLON »
La clef n'agit pas directement sur la pièce qui condamne le ventail. Qu'elles soient à « plate » ou à « bosse », les mécanismes sont les mêmes et relativement simples; la clef actionne un petit pêne interne qui vient bloquer l'auberon dans la serrure, maintenant en position fermée un moraillon, associé ou non à un verrou. La serrure à bosse se fixe en applique sur la menuiserie et son mécanisme est piqué sur un palâtre saillant, en forme de coffre.
La serrure à plate nécessite une entaille dans le bois pour faire place à son mécanisme piqué sur un palâtre plat. Ces serrures furent constamment utilisés du XIIe au XVe siècle.
2. SERRURES À « VERTEVELLES »
La rotation de la clef fait descendre verticalement un pêne interne qui condamne en position fermée un verrou manuel, coulissant dans des vertevelles et pouvant être manoeuvré des deux côtés du ventail. Une entaille dans la menuiserie est nécessaire pour faire place au mécanisme. Ces serrures sont fréquemment utilisées au XIVe et XVe siècles.
3. SERRURES À « PÊNE DORMANT »
Ne nécessite plus de verrou auxiliaire; c'est le pêne de la serrure qui vient condamner directement le ventail par l'action de la clef. Le palâtre peut être à bosse, venant en applique, ou à plate avec têtière et encastré dans la menuiserie. Elles se développent à partir de la seconde moitié du XVe siècle, c'est l'ancêtre de nos serrures modernes. Dans ces trois types de serrures la clef ne peut s'introduire que d'un seul côté.
CLEFS ET « GARDES » DE CES SERRURES
Les clefs se composent d'un anneau plus ou moins stylisé selon les époques, d'une tige qui peut être pleine ou creuse, et d'un panneton découpé qui agit sur les barbes du pêne. Les découpes de ces pannetons sont appelées garnitures; elles correspondent à des gardes internes qui assurent la sécurité de la serrure.
Les gardes sont de petites cloisons métalliques, rivées sur le palâtre, qui empêchent la rotation d'une clef dont les garnitures ne correspondraient pas. Si les mécanismes étaient relativement simples, les gardes pouvaient être excessivement « subtiles » ; c'était l'art du serrurier... Philippe de Saint-Wandrille
    Les principaux musées détenant
de belles collections de serrurerie ancienne :

- Le Secq des Tournelles - Rouen
- Carnavalet - Paris
- Bricard - Paris
- Calvet - Avignon
- Paul Dupuy - Toulouse -
Ouvrages de référence :
- Raymond Lecoq - La serrurerie ancienne Éditions Gedalge - Paris VIIe - 1973
- Catherine Vaudour - Catalogue du Musée le Secq des Tournelles -Rouen - 1980
    Extrait du N° 18 de Maignaut Passion Info – pages 2 à 5 : Chargez le pdf
   
    Janvier 2004 - N°15
     
    La sidérurgie médiévale par Philippe de Saint-Wandrille
    Des origines jusqu'à la fin du Haut Moyen Age, le fer n'est produit qu'en petites quantités, dans des bas fourneaux installés à proximité de la forêt et des sites ferrifères. Vers le XIIe siècle, l'accroissement démographique, les essartages et la mise en culture de nouvelles terres nécessitent une production de métal plus importante. Certains ordres monastiques, dont celui de Cîteaux, sont à l'origine de cet essor. Très vite ils s'emploient à rechercher de nouvelles techniques pour amplifier la production, répondant ainsi à de nouveaux besoins.
Le bas fourneau, utilisé jusqu'alors pour « réduire » le minerai, est amélioré : sa taille augmente, son chargement est plus aisé et les souffleries se perfectionnent. Ces moyens fourneaux sont maçonnés en « dur », et pour ne pas perdre l'inertie de la chaleur, fonctionnent en continu pendant une grande partie de l'année. Leur implantation doit répondre à la trilogie « mine - forêt - eau ». Les mines, que l'on appelle « minières » ou « mineraie » à l'époque, sont à ciel ouvert ; l'extraction se fait à la belle saison. La forêt fournit le taillis que les charbonniers transforment en charbon de bois. L'eau enfin, rivière ou étang artificiel, est utilisée pour laver le minerai, et sa force hydraulique actionne de nouveaux systèmes mécaniques nécessaires à la forge.
Les fourneaux sont emplis en alternant des couches de charbon de bois et de minerai ; de la réduction de cette « masse » mise en combustion, et avec les moyens de souffleries de l'époque, on n'obtient pas une fusion de métal liquide, mais plutôt un magma, comme un éponge chargée de scories et d'impuretés. Cette « loupe », tirée du creuset (partie inférieure du fourneau) doit être réchauffée, puis battue et rebattue afin de l'apurer et de la rendre homogène. Cette opération de « cinglage » s'effectue à bras d'hommes et après de multiples passes de chauffe et de travail on obtient un lingot de fer, plus ou moins important, que l'on appelle « lopin ». Dans un premier temps, c'est sous cette forme que le fer est vendu aux différents corps de métiers qui le travaillent.
Le cinglage manuel est une opération longue et pénible ; il semblerait que vers la fin du XIIe siècle apparaisse le martinet(1) hydraulique : un acte de 1197 en fait mention dans un domaine suédois, du monastère de Soroë. Le XIIIe siècle connaîtra l'âge d'or de cette production sidérurgique. Ce procédé direct donne des fers doux d'une excellente qualité, très peu chargés en carbone, ou plus ou moins alliés selon les provenances, ductiles et malléables, se soudant très bien à chaud. Au XIVe siècle, les conflits et les épidémies de peste, ralentissent considérablement la production de métal; les grandes foires du royaume ne peuvent plus répondre à la demande ; les marchands doivent en importer, principalement du nord-ouest de l'Espagne (Pays Basque), de Catalogne, mais aussi d'Angleterre et d'Allemagne.
A la fin du XIVe siècle, apparaît le haut fourneau; il semblerait que cette nouvelle technique ait vu le jour dans la Ruhr ou dans la région de Liège. Combinant les mêmes éléments, minerai et charbon de bois, avec des souffleries mues maintenant par la force hydraulique, des évents et des tuyères perfectionnées, il réduit à des températures bien supérieures. On n'obtient plus une loupe comme autrefois mais une fonte liquide de métal. Ces gueuses de fonte, très chargées en carbone (entre 2 et 5 %) sont inutilisables telles quelles. Il faut les « affiner » et les décarburer, pour obtenir un fer doux de qualité. Après de multiples passages dans des fours d'affinage, portés aux limites de la fusion avec un apport d'air important et de nombreux cinglages au martinet, on obtiendra un fer commercialisé sous forme de lopins, ou semi-fini en barreaux de différentes sections.
A l'extrême fin du XVe siècle apparaissent les premiers « laminoirs » et « fenderies », mus par la force hydraulique, la sidérurgie commence à s'industrialiser, les extractions à ciel ouvert font place aux mines souterraines, et les énormes quantités de charbon de bois qui sont nécessaires provoquent des déboisements aux funestes conséquences….
Les métiers du fer au Moyen Age : forgerons, fèvres et serruriers
Au Haut Moyen Age, les forgerons représentent une véritable caste; ce sont des artisans hors du commun, respectés, dotés de pouvoirs extraordinaires puisque capables de transformer de vulgaires cailloux rougeâtres… en lames d'épées, couteaux, outils divers. De leur production, il nous reste des armes exceptionnelles, quelques outils, mais bien peu d'éléments de serrurerie, quelques clefs, de la quincaillerie et voilà tout. A partir du XIIe siècle, de nombreux artisans travaillant le fer viennent s'installer à proximité, et sous la protection de certains monastères, là où est produite la matière première qui leur est nécessaire. Il fabriquent l'outillage et tout ce qui est indispensable aux populations de la région. Dans les bourgs et les cités, ils occupent une place importante, et se regroupent rapidement en confrérie, avec Saint-Eloi pour patron. Ces sociétés de « fèvres » travaillent différents métaux (aujourd'hui, il nous reste le terme d'orfèvre).
Au XIIIe siècle, les confréries se structurent et se scindent en corporations, régies par des statuts et une organisation plus stricts; elles défendent les intérêts de leurs artisans et surveillent la qualité de leurs ouvrages. A la demande du Roi Louis IX, Etienne Boileau, Prévost de Paris, rédigea vers 1260 le Livre des Métiers qui codifie les statuts des corporations. Parmi les artisans du fer, nous trouvons :
- les fèvres maréchaux : qui ferrent les animaux de trait
- les fèvres heaumiers (« helmiers ») : fabriquant armes et armures
- les fèvres grossiers : travaillant uniquement de grosses pièces : grilles, pentures…
- les fèvres greiffiers : qui forgent ce qui est nécessaire aux renforts des maçonneries
- les fèvres vrilliers : produisant de l'outillage : vrilles, tarières, forets
- les fèvres taillandiers : pour les outils tranchants
- les fèvres serruriers : fabriquant serrures, clefs, verrous…
Cet aperçu succinct de la production et des métiers du fer nous permettra d'aborder le prochain article « Serrures et verrous ».
Note
1. Martinet : Lourd marteau de forge dont le mouvement mécanique est actionné par un moulin hydraulique.
    Extrait du N° 15 de Maignaut Passion Info – page 3 : Chargez le pdf
   
    Juillet 2003 - N°14
     
    Une porte ouverte
    Pourquoi, après le pigeonnier-octroi, s'offrir une belle porte restituée ? Nous avons besoin de mémoire. Le moindre de nos gestes vient de loin : cueillir une fleur, aérer une plate-bande, labourer, semer, construire, détruire, regarder l'autre (et même avoir envie de lui en coller une, voire pire !), tout ça, qui est l'abc de nos vies à la fois solitaires et très socialisées (une maison, un village, l'un et le multiple, l'individu et la foule), tout ça, chaque génération croit évidemment l'inventer pour elle même, et sait bien, en même temps, que d'autres, avant, bien avant, ont eu les mêmes gestes, connu les mêmes désirs, à la fois celui de faire du neuf et celui de retrouver une mémoire, des mémoires.
Nous venons de quelque part : cela concerne, entre autres, notre histoire de citoyen et nos paysages, peignés par la vigne, ourlés par les céréales, piqués de bois, parcourus par des voies de passage multi-séculaires. Dès lors le désir de restituer dans un de ses états antérieurs connus, la porte de cette cité de Maignaut-Tauzia paraît, non seulement légitime mais naturel. Puisqu'il s'agit, avec un morceau de mémoire, de s'inventer des lendemains de vie commune.
Je m'explique : chaque village gascon vit aujourd'hui une aventure peu ordinaire. Après les désastres, au plan humain, de l'exode rural, d'une désertification relative, de la tentation folle des « friches », vient le temps de l'amalgame des nouveaux ruraux de toutes provenances. D'abord les agriculteurs heureusement demeurés à la terre et attachés pour l'essentiel à des démarches d'excellence, fidèles à des produits nobles. Avec eux et par « vagues » successives, des salariés de la ville soucieux d'un cadre de vie moins stressant, des adeptes du temps partagé entre la grande ville et le petit village, de plus en plus nombreux grâce aux transports plus rapides, enfin des Européens du nord irrésistiblement attirés, pas seulement par le soleil, mais par une mémoire qui nous est commune, celle de la construction ancienne d'un monde né autour de la Méditerranée. Si aucun des protagonistes de cet amalgame n'avait l'envie de cette mémoire, l'affaire serait vite conclue, on remplacerait nos bastides, castelnaus et mottes féodales, par des cités de loisirs, façon camp de vacances à tous les prix. Notez que parfois on est passé à l'acte ! Nos paysages ruraux – parce qu'ils sont habités – ont heureusement été épargnés par ces âneries mercantiles qu'on regrette déjà ailleurs. À sa façon micro-locale, l'entreprise des passionnés de la Porte témoigne de ce besoin vital de mémoire, ce désir de vivre ensemble une aventure aux contours imprévus. J'ai le sentiment d'enfoncer des portes ouvertes. Remarquez, ici, ça tombe plutôt bien !
Michel Cardoze
     
    Restauration de la porte-tour :
respecter le caractère médiéval et défensif
    Le projet de restauration : la voie aussi est ouverte
Depuis l'attribution, en octobre 2002, du titre de « Patrimoine caractéristique gascon » par la Fondation du Patrimoine, relatée dans MPI n°12, nous avons poursuivi avec tenacité l'élaboration de notre projet. Nous vous présentons aujourd'hui en pages intérieures, l'architecture de la future porte restaurée.
Les autorisations nécessaires ont été obtenues notamment :
- l'étude de l'architecte Julien Tajan a été validée par le Service départemental de l'architecture et du patrimoine,
- les propriétaires des deux maisons mitoyennes nous ont donné leur accord pour apporter des modifications à leurs toitures,
- la demande d'autorisation de travaux a été visée par les services de l'équipement et une décision favorable nous a été notifiée par le maire,
- l'Association pour la Préfiguration du Pays d'Armagnac a attesté dans un courrier à Monsieur le Préfet que le projet répondait bien aux objectifs de la Charte de Pays.
En conséquence, nous avons pu faire partir les premiers dossiers de demandes de subventions et de mécénat. Le dépliant de la souscription ouverte par la Fondation du Patrimoine a été adressé, début 2003, aux foyers de Maignaut et de Valence, un second Postcontact sera diffusé à la rentrée, sur une zone géographique plus étendue.
La Fondation EDF étudie les possibilités de déplacements des coffrets implantés dans le pilier Est. 78 165 Euros, c'est le budget retenu. Juillet 2004, c'est la date prévue pour commander les travaux.
On continue !

La restauration des parties dégradées
- En façade, reprise du jambage et des pierres avec feuillure
- A l'arrière reprise au droit des coffrets EDF
- En partie basse, en dessous de l'ancien niveau du sol, reprise en moellons de pierres crépis des sections dégradées.
La réfection de la voûte en pierre
- En arrière de l'arc ogival actuel, et sur 3 mètres de profondeur, la voûte en pierres dont seuls les éléments de la base subsistent, sera reconstituée dans ses proportions originelles.
- La voûte sera refaite en pierres de taille neuves provenant de la carrière de Rigepeu, le remplissage s'effectuant en moellons de blocage.
- Pour la mise en place des pierres, un cintre en bois sera réalisé au-dessus de la rue.
La surélévation de la porte
- La tour au-dessus de la porte dont nous avons perdu les dimensions d'origine sera reconstituée sur 3 m de hauteur, en pan de bois empli de moellons de pierres ou de terre crue et sera enduite à la chaux en face extérieure. Coté intérieur du village, cette structure restera ouverte, révélant le colombage et la charpente de toiture.
- Vers l'extérieur, une bretèche assise sur des corbeaux de bois fera saillie sur 50 cm en avant de la porte.
Les modifications de toiture
- De part et d'autre de la porte, deux petits toits à 2 pentes dits besaces assureront un bon écoulement des eaux pluviales protégeant le maisons mitoyennes.
- Ces besaces intégreront mieux la tour dans la ligne de toitures des maisons assises sur l'ancien rempart.
    Extrait du N° 14 de Maignaut Passion Info – pages 1 à 3 : Chargez le pdf
   
    Avril 2003 - N°13
     
    Porte médiévale de Maignaut-Tauzia (Partie 2)
A la recherche des ventaux perdus
    Dans un article précédent, nous vous avions présenté les ventaux dits «traversés» ; nous allons maintenant décrire un autre type de menuiserie qui aurait pu être utilisé pour fermer la porte de Maignaut.
Les « ventaux à couverture de planches sur bâtis d'assemblage »
Très répandus aux XIVe et XVe siècles, nous les retrouvons surtout dans des bâtiments importants ; de fabrication plus complexe, leur coût devait être bien supérieur à celui des ventaux « traversés ». Des planches, larges et épaisses, étaient fixées verticalement sur un bâtis d'assemblage de fortes sections, généralement constitué de deux montants et de traverses, basse, haute et intermédiaires.
D'autres pièces diagonales formaient décharges et évitaient les affaissements ; elles pouvaient être en « croix de Saint André », ou obliques entre les montants et les traverses. Ces bâtis étaient assemblés à tenons et mortaises chevillées, mais certains à mi-bois et « queue d'aronde(1) », d'autres à enfourchement ; les diversités sont nombreuses et ne semblent pas se cantonner à certaines régions. Ce genre de menuiserie, peu sensible aux déformations, fut fabriqué sur les mêmes principes jusqu'à la fin du XIXe siècle. Les planches verticales qui recouvraient le bâtis étaient clouées ou chevillées en « queue de renard(2) », et jointes de la même façon que dans le cas des ventaux « traversés ».
Ces huis battaient directement contre la maçonnerie, et en partie médiane par feuillures contrariées ou sur une pièce de bois rapportée en parement. Un bel exemple de ce type de menuiserie subsiste dans le Gers, au château de Pujos (XVe siècle).
Les ventaux traversés ou à bâtis d'assemblage pouvaient être « bardés » en parement par des platines de fer battu, qui formaient « blindage ». Ces tôles étaient clouées sur la menuiserie ; en longues bandes horizontales qui se assemchevauchaient, comme au château fort de Salse (Roussillon – fin XVe siècle) ou au donjon de Bassoues – XIVe siècle – Gers (accès primitif au premier niveau), ou disposées en larges écailles comme à l'église fortifiée de Malaucène (XIVe siècle Vaucluse).
Ferrures assurant la rotation
Les systèmes de rotation de ventaux de portes charretières sont tellement nombreux que nous ne traiterons que le cas particulier de la porte nord de Maignaut.
Il s'agit de l'exemple classique le plus commun : chaque ventail s'articulait au moyen de pentures sur gonds (deux par ventail d'après les traces subsistantes). Au XIII et XIVe siècles, les gonds de fer étaient monobloc ; leur mise en place s'effectuait pendant l'élévation du bâtiment, au niveau d'un lit, afin que le corps du gond vienne s'encastrer dans une entaille très précise, ménagée dans la pierre. Le « mamelon » (partie cylindrique) se trouvait très près de la maçonnerie pour éviter le porte-à-faux ; un dégagement en creux, ménagé à son arrière, permettait la parfaite rotation du « noeud » de la penture. (une trace subsiste très nettement à Maignaut)
Les « Pentures » : vient du latin « pendere » (pendre, suspendre) Ce sont de longues branches de fer «corroyées(3)» à chaud, percée «d'étampures(4)», dont l'une des extrémités est roulée en noeud pour recevoir le mamelon d'un gond; elles sont fixées sur la menuiserie au moyen de clous ou de broches, et souvent maintenues à leurs extrémités par des brides, ou des
crampons de fer. Ces pentures avaient aussi un rôle de maintien et de renfort ; leur longueur correspondait sensiblement au 4/5e de la largeur du ventail. Dans certains cas, elles pouvaient faire l'objet d'une ornementation particulière (fleurons, cannelures, volutes, etc.).
Elles étaient généralement disposées en contreparement, et au niveau d'une traverse dans le cas d'un bâtis d'assemblage ; ceci pour la forme la plus simple. Une autre façon, que nous avons souvent constatée, consistait à enserrer les pentures entre les bois de la menuiserie ; ce qui permettait d'augmenter l'épaisseur des ventaux, sans gêner leur débattement dans le passage d'entrée. Cette technique nécessitait un travail sur place, en plusieurs étapes, car il fallait :
- encastrer les branches des pentures dans les planches (ou sur le bâtis),
- jucher la menuiserie en place,
- engonder les pentures,
- repérer chaque étampure par un perçage,
- achever la pose et la fixation du parement, ou du contreparement,
- assujettir le tout par des broches ou des clous traversant de part en part.
Ainsi le fer se trouvait « intimement marié » avec le bois, et rendait toute dépose impossible.
Les Systèmes assurant la fermeture des ventaux
Dans toutes les enceintes de défense, les ventaux fermant les portes étaient assurés à leur revers (contreparement intérieur) ; en aucun cas il ne fallait que ce fût perceptible de l'extérieur. Les clefs, s'il y en avait, étaient remises chaque soir à une personne de toute confiance ; certaines places sont parfois « tombées » parce qu'un indélicat, voire un complice, avait entrebâillé les portes la nuit venue…
Les barres coulissantes : c'était un principe simple, efficace et rapide, très fréquemment utilisées au Bas Moyen Age (encore de nos jours dans certaines régions, l'expression «barrer la porte» veut dire la fermer à clef). Barre vient d'un vieux nom gaulois « Bar » (ou « Barr ») qui désignait quelque chose qui servait à fermer. Nous retrouvons le terme de « Bâcle » dans des textes d'époque (du latin « baculum » = bâton) Ces barres étaient des pièces de chêne, corroyées et parfaitement rectilignes ; beaucoup plus longues que la largeur du passage d'entrée; (il était donc impossible de les poser après coup). Elles coulissaient dans des gaines soigneusement ménagée dans l'épaisseur de la maçonnerie. Comme la pose des gonds, la mise en place de la barre s'effectuait au moment de l'élévation du bâtiment ; un « certain jeu » devait être nécessaires pour assurer un bon fonctionnement. La gaine de barre de Maignaut est actuellement bouchée par du mortier, nous ne connaissons donc pas exactement sa configuration interne. Il est probable qu'elle soit entièrement maçonnée ; parfois nous remarquons un coffrage de bois, comme au château de Tarascon (Bouches du Rhône) ou au château de Penne d'Albigeois (Tarn).
Pour tirer ces pièces de bois de leur logement, un moyen de préhension était nécessaire. Les barres d'origine encore en place étant excessivement rares, nous citerons trois exemples différents que nous connaissons :
- église Abbatiale de Saint Bertrand de Comminges : une « pendeloque » en fer s'articulant sur un piton à lacet,
- église de Corneilla de Conflent : fixé en bout de barre, un anneau s'articulant sur un piton à lacet,
vieux moulin à eau de la région d'Ascain (Pyrénées Atlantiques) : une sangle de cuir clouée sur le bois.
Lorsque les ventaux étaient « barricadés », différents systèmes devaient exister pour assurer la pièce en position de fermeture ; nous ne connaissons que l'exemple de Saint Bertrand de Comminges, où la pendeloque métallique est un « moraillon(5) » qui vient s'engager dans une serrure à plate, fixée sur le ventail, en dessous de la barre.
L'utilisation d'un verrou à vertevelles, placé sur le ventail perpendiculairement à la barre, est également probable. Pour dépasser le cas de Maignaut, citons d'autres exemples de fermetures que nous avons pu observer :
- doubles barres, à gaines alternées,
- barres volantes,
- barres volantes et barre à gaine,
- fléau horizontal ou vertical,
- barre solidaire à l'un des ventaux
- doubles barres solidaires alternées.
Philippe de Saint-Wandrille
Notes
1. Queue d'aronde (hirondelle) : assemblage par encastrement tronc conique.
2. Queue de renard : cheville classique débouchante dont les deux extrémités sont renflées par un coin de bois dur (après sa pose).
3. Corroyer : action de dresser et d'aplanir proprement une pièce de bois ou de métal.
4. Perçage d'étampure : trou carré ou cylindrique effectué à chaud par emboutissage
5. Moraillon : pièce de métal qui vient s'engager dans une serrure à « moraillon » et qui est retenue par un pêne interne.
6. Bédane (ou bec-d'âne) : fort ciseau de serrurier, à tranchant étroit.
    Les verrous et serrures
Pour la fermeture des ventaux de portes charretières, des verrous pouvaient être utilisés en complément de barres ou de fléaux, mais on ne les retrouve jamais seuls pour assurer des huis aussi larges. Leur emploi est très fréquent au revers des guichets, souvent associés à des serrures à moraillons.
    Extrait du N° 13 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Décembre 2002 - N°12
     
    Restauration de la porte fortifiée
Le titre de « Patrimoine caractéristique gascon »
    Le 19 octobre 2002, Christophe Jankowiak délégué départemental de la Fondation du Patrimoine, dévoilait une plaque « Patrimoine caractéristique gascon » apposée sur la
porte médiévale du village.
Reconnue d'utilité publique en 1997, la Fondation du Patrimoine, est le premier organisme national privé pour la connaissance, la conservation et la mise en valeur du patrimoine non protégé.
Le titre décerné à notre porte, avec l'agrément du Service Départemental de l'Architecture et du Patrimoine est une reconnaissance de l'intérêt architectural et patrimonial de l'édifice. Il justifie les avantages fiscaux substanciels qui sont accordés pour sa restauration. Après une présentation de la Fondation par Christophe Jankowiak, Bertrand Boquien a rappelé l'histoire des portes de ville du Gers et Serge Belliard a présenté le projet de restauration.
La cérémonie se déroulait en présence du député Gérard Dubrac, de François Fabre, directeur des Laboratoires Fabre, de représentants des délégations départementale et régionale de la Fondation, de membres de l'Association Maignaut Passion et d'habitants de la commune. Monsieur le Maire, absent, n'avait pas désigné de représentant.
Un cocktail offert sur la place du village a clos la manifestation.
    Extrait du N° 12 de Maignaut Passion Info – page 1 : Chargez le pdf
   
    Décembre 2002 - N°12
     
    Porte médiévale de Maignaut-Tauzia - Partie 1
A la recherche des ventaux perdus
    Philippe de Saint-Wandrille et son épouse restaurent, la tour d'Homps au Nord de Mauvezin (Gers), vestige d'un château médiéval, classé monument historique. Artisan en menuiserie, Philippe de Saint-Wandrille nous a séduit par son érudition, ses qualités artistiques et sa rigueur dans la conduite des restaurations. Maignaut Passion le remercie avec chaleur, pour la rédaction de cet article et l'intérêt porté à notre village.
Les problèmes politique srégionaux des XIIIe et XIVe siècles incitent les seigneurs et les villageois gascons à se protéger, ce qui donnera naissance à un grand nombre de petits châteaux et de bourgs fortifiés. Les seigneurs des lieux encouragent les populations à se regrouper en communautés et octroient des « libertés », régies par des Chartes de Coutumes ; ainsi se constituent les « Castelnaux ».
A la suite des « guerres de religions », de nombreuses enceintes de défense sont en mauvais état ; un édit royal en ordonnera même le démantèlement.
Le « modernisme » des XIXe et XXe siècles portera un coup radical à ces vestiges.
Aujourd'hui, nous assistons à un regain d'intérêt pour la sauvegarde de ces constructions ancestrales ; saluons ainsi la réunification de la seule porte subsistant à Maignaut. L'enceinte du bourg comportait deux portes, qui bien entendu étaient fermées par des ventaux de bois. En périodes troubles, ces huis étaient constamment surveillés par une « garde » villageoise, organisée par les consuls. A chaque passage de charrois, de cavaliers ou de troupeaux, les ventaux s'ouvraient et quelques secondes suffisaient à deux hommes pour les refermer rapidement et tirer la barre. Les piétons disposaient parfois d'un portillon, ménagé en guichet dans l'un des ventaux, ou dans leur partie médiane. En général, ces portes piétonnes sont de petites dimensions, et assurées à l'arrière par de grands verrous à moraillon et serrures.
La porte nord, subsistant à Maignaut, ne présente pas une grande complexité ; c'est un schéma classique de la tour porte sans flanquements, sa défense devait être assurée, en partie supérieure, par une bretèche ou un hourd de bois. Ici, pas de pontlevis, ni de herse ; seule une paire de solides ventaux fermaient ce passage.
L'analyse des éléments restés en place ne nous permet pas de définir de façon précise le type de menuiserie qui a pu être utilisée. Les aléas du temps, et des remaniements, ont fait disparaître les gonds métalliques ; il en reste des traces à deux endroits ; la gaine de la barre de fermeture est encore bien visible, mais bouchée par du mortier ; à l'opposé, la gâche, profonde de 7 cm, est bien marquée ; la partie inférieure des pieds droits rebâtie et le seuil a disparu lors du décaissement de la chaussée.
Les ventaux de portes d'enceintes urbaines ont pratiquement tous disparu; nous n'en connaissons qu'un rare exemple à Scherwiller (Bas-Rhin). Pour analyser ce type de menuiserie médiévale, il faut se reporter à des ouvrages restés en place. Nous les retrouvons plus facilement dans un grand nombre d'édifices religieux, mais aussi dans certaines architectures castrales et militaires ; l'iconographie est assez riche mais reste délicate à interpréter.
Il y a de fortes « présomptions » pour que la porte de Maignaut ait été édifiée à la fin du XIIIe ou dans la première moitié du XIVe ; à cette époque, nous retrouvons une constante dans la fabrication des menuiseries de clôture de portes charretières.
Les ventaux à double épaisseur de planches, dits « traversés »
Très répandus au Moyen Age, ils présentaient toutes les garanties d'une « porte forte », nous les remarquons dans toute la France pour clore des portes extérieures ou intérieures de bâtiments civils, militaires ou religieux. Il s'agissait certainement de l'expression la plus simple et la plus économique ; de fortes planches verticales, épaisses et larges, étaient doublées en parement(1), ou en contre-parement( 2), par d'autres, fixées horizontalement. Ces ais(3) étaient solidement mariés par des clous qui les traversaient et dont les pointes étaient rabattues en contre-parement. Les ventaux « battaient » directement contre la feuillure de maçonnerie et la face interne de l'arc de couvrement (les bâtis « dormants(4) » n'étaient pas employés).
Ce type de menuiserie présente pourtant un grand nombre de diversités, notamment dans la façon de joindre les planches entre elles : les cas les plus courants sont à joints vifs, avec ou sans tourillons, à feuillures à mi-bois et tourillons, à joints vifs et faux tenons chevillés. En général, seules les planches verticales étaient jointes de cette manière afin de pallier aux affaissements ; les ais horizontaux, qui les doublaient, ne présentaient pas cette nécessité car ils servaient de traverses et de maintien. Par contre, quand ils étaient disposés en parement, leurs coupes, au niveau des joints, pouvaient être biaises en sifflet, ou à feuillure à mi-bois afin d'éviter la pénétration des eaux.
Les rives des planches ne sont pas forcément parallèles ; elles sont délignées en « purgeant » l'aubier et en suivant la conicité du fût de l'arbre.
Les bois utilisés étaient de provenance régionale ; le chêne est très commun, mais nous trouvons aussi du châtaignier, du peuplier (porte du donjon de Crest dans la Drôme), du sapin ou du mélèze comme au château d'Annecy (Haute-Savoie).
Les billes étaient équarries à la doloire peu de temps après leur coupe. Pour obtenir de larges planches à peu près régulières en épaisseur, ces pièces de bois étaient débitées par des scieurs de long; ces traces de sciage sont fréquemment visibles. Dans le meilleur des cas, la plus belle face, qui est le parement, était reprise au riflard ou au rabot à surfacer ; le contre-parement était laissé brut de sciage, ou légèrement blanchi à la doloire ou au riflard et présentait en général un aspect assez grossier. Le battement médian entre les deux ventaux pouvait être assuré par une pièce de bois rapportée en parement sur l'un d'eux, par feuillure contrariée ou par une fausse coupe en sifflet.
Une autre variante de ce type d'huis : les ais de parement sont « découpés » selon le tracé interne de la baie, de manière à venir « s'encastrer » entre les tableaux des pieds droits et de l'intrados du couvrement ; ceci formant une feuillure avec les planches de contre-parement qui battent contre la maçonnerie. (photo n°3) La tour porte du XIVe siècle du château de Combarrau, dans le Gers, possède encore ses ventaux d'origine du type « traversés ».
Une suite sera consacrée à un second type de ventaux qui auraient pu être utilisés pour fermer la porte de Maignaut, aux ferrures et aux systèmes de fermeture. Philippe de Saint-Wandrille
Notes

1. Parement : partie de la menuiserie visible de l'extérieur.
2. Contre-parement : partie de la menuiserie visible de l'intérieur.
3. Ais : mot ancien qui désigne une planche de bois.
4. Bâti dormant : bâti fixe et scellé à la maçonnerie, recevant une menuiserie battante.
5. Coureil : ancien terme pour désigner un très long verrou cylindrique coulissant dans des vertevelles (anneaux).
    Extrait du N° 12 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Juillet 2002 - N°11
     
    XIXe siècle, Maignaut change de visage
Deuxième partie : l'église et la place du village
    Vers 1830, le village de Maignaut conserve encore par bien des aspects sa physionomie médiévale, comme le montre l'ancien plan cadastral. En quarante ans (des années 1840 aux années 1880), les travaux vont transformer peu à peu son visage. C'est le temps où les villages se dotent de leurs premiers équipements publics (écoles et mairies), et reconstruisent leurs églises.
Le Presbytère et la Nouvelle Église
La Mairie-école a servi aussi quelques années de Presbytère. La Commune construit un Presbytère neuf au Sud du village vers 1850. L'enquête de « commodo et incommodo » préalable à l'achat du terrain montre qu'un certain nombre d'habitants, par souci d'économie, auraient préféré bâtir le Presbytère sur un terrain communal, ou bien lui laisser la maison d'école tout entière, en construisant de neuf une Mairie-Ecole dans l'enceinte du village.
En 1859, on parle déjà de reconstruire l'église de Maignaut. A cette époque, la Commune a reçu la donation de l'ancienne église du Tauzia (aujourd'hui chapelle d'Auloue), alors en très mauvais état. La commune a l'intention de vendre des biens communaux pour en financer la réparation, à laquelle sont attachés les habid'école tants de la section du Grand Tauzia(1). Le projet ne fait pas l'unanimité. Les opposants observent que « l'Eglise Mère [l'église de Maignaut] a besoin d'être refaite avant longtemps ; il ne faut donc pas éparpiller inconsidérément les ressources communales ». Pourquoi les habitants de la section de Bertin(2) n'iraient-ils pas à leur tour réclamer la reconstruction de leur église ?
On aboutit à un compromis : le Conseil municipal maintient sa décision de réparer l'église du Tauzia, mais « n'y emploiera plus aucune ressource » à l'avenir. L'entretien sera à la charge exclusive des habitants de la section.
La reconstruction de l'église de Maignaut intervient un quart de siècle plus tard. S'il se trouve quelques partisans d'une reconstruction sur l'emplacement de l'ancienne église, la Commune préfère choisir un nouvel emplacement, à l'extérieur de l'enceinte, « en plein soleil, sur un terrain au levant du village, entre la mairie et maison habid'école
et le presbytère ».
L'ancienne église est démolie
La nouvelle est construite vers 1884, sur les plans de l'architecte Charles Jaworski, d'Auch. L'édifice, de style néo-gothique, est couvert de voûtes sur croisée d'ogives, en brique tubulaire. Son beffroi carré est surmonté d'une flèche, flanquée de 4 « pyramidions »(3). Un orage abattra cette flèche un jour de 1961. Le bâtiment donne assez vite des signes de fatigue, et dès 1922, la Commune fait installer des tirants de fer pour consolider les murs « dangereusement lézardés ». A cette époque, il semble qu'il n'y a déjà plus de desservant à Maignaut(4).
L'agrandissement de la Place
Vers 1860, le Conseil Municipal décide de dégager le milieu du village, occupé par des « pâtus(5) », des étables et autres petites bâtisses, le tout entrecoupé de ruelles. Dans ce but, elle achète les parcelles formant la partie Nord de la Place actuelle. On y entrepose du bois, des pierres, du fumier. La pente de la place y fait ruisseler les eaux de pluie, qui y stagnent. On redoute beaucoup, à cette époque, les eaux croupies et la mauvaise circulation de l'air, rendues responsables d'un grand nombre de maladies.
Pour justifier l'aménagement projeté, « Mr le Maire… rappelle à l'assemblée [au cours d'une réunion du Conseil municipal] que la mortalité à jamais déplorable qui eut lieu en 1849, et dont la principale cause peut être attribuée à l'état pitoyable de cette place où croupissent les eaux pluviales du village ». Ces démolitions ne sont que la première phase de l'agrandissement de la place. Un autre groupe de parcelles, presque toutes bâties, occupait la partie Sud de la place actuelle (en face de l'ancienne Mairie). Ce petit îlot disparaîtra plus tardivement : le tracé des parcelles figure encore aujourd'hui sur le plan cadastral, bien qu'il ne corresponde plus à rien sur le terrain. Le dernier bâtiment resté debout, un chai, est démoli dans les années 1960. Bertrand Boquien
Notes
1 - L'ancienne commune du Grand-Tauzia (ou Tauzia-le-Grand), réunie à celle de Maignaut en 1837.
2 - Eglise aujourd'hui disparue, située sur le territoire de Maignaut-Tauzia.
3 - Petites flèches.
4 - En témoigne un bail de location du Presbytère passé en 1921.
5 - Un pâtus est une « place herbue ». Le mot a aussi le sens plus vague d'espace découvert.
    Principales sources utiliées
- Archives départementales du Gers : 1 O 226 (travaux communaux).
- Plan cadastral du XIXe siècle, Sect. A, F° 2 (Serv. du Cad., Condom), Plan cadastral révisé (mis à jour pour 1982), Sect.A, F° 2 (Mairie).
- Roger Gal, Histoire de l'Éducation, Paris, 1979, 125 p.
- Archives communales : registres des délibérations du Conseil Municipal.
Merci à la Mairie et aux personnes qui m'ont fait part de leurs souvenirs sur Maignaut.
    Extrait du N° 11 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Juillet 2002 - N°11
     
    La porte du village réunifiée
Maignaut Passion achète la porte du village
    Fruit d'une démarche insolite, l'acquisition par Maignaut Passion des 2 parties de la porte du village a été rendue possible par la volonté de ses propriétaires, Gaye et Eric Moore pour la partie gauche, Brigitte et Paul Wordley pour la partie droite. Deux actions généreuses en faveur du patrimoine communal qui vont permettre de restaurer une porte inséparable de l'image de Maignaut.
Un édifice du XIIIe siècle
A l'origine, la plupart des bastides et castelnaux de Gascogne s'ouvraient par des portes fortifiées semblables à celle de notre village. Renée Mussot-Goulard dans son ouvrage « Enquête sur Maignaut(1)» situe la construction du rempart de Maignaut, à la fin du XIIIe siècle. A partir du XVIe siècle, ces portes ont été détruites et, Bertrand Boquien, dans son livre « A la découverte des portes fortifiées du Gers(2)» recense 44 rescapées.
La porte de Maignaut, autrefois surmontée d'une tour se dégrade aujourd'hui rapidement surtout dans sa partie basse.
Un projet de restauration
L'édifice par sa silhouette et sa position est sans doute le plus emblématique du village. C'est pourquoi sa conservation a depuis toujours intéressé notre association
En liaison avec le Service Départemental de l'Architecture qui a réalisé les premiers croquis, une étude va être confiée à Julien Tajan, architecte du patrimoine. Cette mission débouchera à la fin de l'année sur des propositions de restauration et des devis. Restera ensuite à trouver les financements. Une tâche toujours pleine de surprises mais ô combien émoustillante. Un grand coup de chapeau à Larry Rushton qui s'est révélé être un génial médiateurtraducteur colportant avec un talent fou, notre projet. Serge Belliard
Notes
(1) paru en 1984, aux éditions Wasconia
(2) paru en 2000, aux éditions La Renaissance du Donjon.
    Extrait du N° 11 de Maignaut Passion Info – page 1 : Chargez le pdf
   
    Avril 2002 - N°10
     
    XIXe siècle, Maignaut change de visage
Première partie : l'école et la mairie
    Vers 1830, le village de Maignaut conserve encore par bien des aspects sa physionomie médiévale, comme le montre l'ancien plan cadastral. En quarante ans (des années 1840 aux années 1880), les travaux vont transformer peu à peu son visage. C'est le temps où les villages se dotent de leurs premiers équipements publics (écoles et mairies), et reconstruisent leurs églises. « Monsieur le Maire a exposé au Conseil municipal que la Commune de Maignaut n'a toujours pas de maison d'école, bien que la loi du 28 juin 1833 sur l'instruction publique en impose presque l'obligation ». La Loi Guizot oblige en effet chaque commune à entretenir une école « par elle-même ou en association avec des communes voisines ». Le nombre d'écoles double ainsi en France sous le règne de Louis-Philippe. Pour se conformer à la loi, la Commune de Maignaut décide en 1842 l'achat de « la maison des héritiers de M. Dieuzède pour une maison d'école ». Cette maison est assez vaste pour qu'on y installe aussi la Mairie. Celle-ci était jusqu'alors logée très à l'étroit : « la salle de la mairie, peut-on lire dans une délibération du Conseil municipal, n'a que trois mètre sur quatre, et… ne peut en aucun cas recevoir une affluence quelconque ». Le projet prévoit donc l'aménagement dans le même bâtiment d'une école, d'un logement pour l'instituteur, et de la Mairie.
L'école comprend à l'origine une classe pour les filles et une pour les garçons. Le Conseil municipal, vu les faibles effectifs, en demande la mixité en 1869. La maison Dieuzède, située au village, sur le côté Sud de la Place, existe toujours : l'école y est demeurée jusqu'à sa fermeture au début des années 1970. La Mairie l'a quittée à son tour en 1999 pour occuper un bâtiment neuf, adossé à la Salle des Fêtes, elle-même achevée en 1991. Bertrand Boquien
    1843 – Première rentrée des classes à l'école
de Maignaut-Tauzia

État et détail estimatifs du mobilier de l'école communale de Maignaut-Tauzia
- 8 tables, les bancs compris, de trois mètres trente centimètres de long
à dix huit francs chacune, estimées : 144 "
- Une table noire de 1 mètre, 50 centimètres, sur 80 centimètres de hauteur
estimée huit francs, ci : 8 "
- Une table pour l'instituteur estimée dix francs : 10 "
-Un compas, un équerre, et un triangle estimés : 3 "
-Une bibliothèque, avec ces accessoires , placement compris, estimée : 18 " 44
- Six chaises estimées neuf francs, ci : 9 "
- Un poêle en fer fonte, estimé trente francs, ci : 30 "
-Douze mètres de tuyau, estimés trois francs le mètre ci : 36 "
- Placement dudit poêle avec ces accessoires : 5 "
- Deux méthodes, dont l'une de lecture, et l'autre d'écriture estimées cinquante francs, ci : 50 "
- Tableaux de Géographie, de dessin Lemaire et de sistème métrique, cartonnés,
estimés vingt cinq francs, ci : 25 "
- Carte géographique, avec les encadrements, estimés vingt cinq francs : 25 "
Total = F 363 " 44
Le 20e pour la rédaction : 18 " 19 F 381 " 63
Archives départementales du Gers, 1 O 226 (travaux communaux).
    Les dates-clés de l'enseignement primaire en France
1793 Loi Bouquier : instruction gratuite et obligatoire pour les enfants de 6 à 8 ans.
1794 Loi Lakanal : une école primaire pour 1000 habitants L'obligation de scolarité est abandonnée.
1795 Loi Daunou : la gratuité est abandonnée. Les instituteurs sont payés par les parents.
1802 Remise aux communes, des écoles primaires.
1833 Loi Guizot : obligation de la création d'une école primaire de garçons dans chaque commune de plus de 500 habitants.
1850 Loi Falloux : une école primaire de filles pour les communes de plus de 800 habitants.
1866/67 Lois Duruy : - création du Certificat d'études primaires ; - une école primaire de filles ; pour les communes de plus de 500 habitants ; - les communes sont autorisées à percevoir un impôt pour instaurer la gratuité de leurs écoles primaires.
1881/82 Lois Ferry : - enseignement primaire obligatoire, laïc et gratuit pour les enfants de 6 à 13 ans; - officialisation du Certificat d'études primaires à partir de 11 ans.
1936 Loi Jean Zay : scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans.
1959 Loi Berthoin : scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans (mesure effective en 1966).
1969 Mixité des écoles primaires.
1989 Suppression du Certificat d'études primaires.
    Extrait du N° 10 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Décembre 2001 - N°9
     
    Sauvegarde du château : 2 acteurs essentiels
    Peter Law - Un visionnaire passionné
En se portant acquéreur, dans le milieu des années 1980, du château et de nombreuses maisons, cet anglais original devait préserver de la destruction une grande partie de notre petit village. Hélas, la crise économique des années 90 compromettait ses projets et le contraignait à arrêter les travaux de restauration. Sans cesser de clamer la valeur du patrimoine architectural de Maignaut, il devra, pressé par ses créanciers, vendre dans l'urgence ses derniers biens au village. Peu d'années après, l'immobilier gersois se redressait, la restauration du village reprenait avec vigueur mais Peter n'était plus là pour constater qu'il avait eu raison... un peu trop tôt. Aujourd'hui encore, chaque fois qu'une bâtisse se restaure, au coeur du village, on n'oublie pas, Peter, que c'est aussi grâce à toi.
Jean Salaün - Le courage
En 1994, une tempête, avait emporté la toiture vêtuste, les murs s'effritaient et le propriétaire ne pouvait plus financer les réparations. La ruine du château semblait inévitable. Jean Salaün prenait alors la courageuse initiative de décréter l'état de péril et de faire voter par le conseil municipal pour 70 000 F de travaux conservatoires, payés sur le budget de la commune. Une décision clairvoyante qui devait cependant lui valoir bien des critiques et des inimitiés. Ainsi, le château attendra debout ses nouveaux propriétaires et, quelques années plus tard, la commune rentrera dans ses fonds lors de la vente par Peter Law. Mais ne tentez pas de questionner Jean Salaün, vous n'obtiendriez qu'un laconique « J'ai fait mon travail ». Serge Belliard
    Extrait du N°9 de Maignaut Passion Info – page 4 : Chargez le pdf
   
    Décembre 2001 - N°9
     
    Maignaut médiéval : de la motte au village fortifié
   

Un monument millénaire
Le plus ancien monument de Maignaut est une butte de terre artificielle : la motte sur laquelle fut élevé le premier château, peut-être dans le cours du XIe siècle. Le château sur motte est un château d'un type nouveau, qui se diffuse dans toute l'Europe au cours du XIe siècle. Une éminence circulaire, entourée d'un fossé, supporte une tour de bois. A son pied, une seconde enceinte forme la « bassecour », abritant les dépendances du château et servant de refuge aux populations en cas de danger. La motte de Maignaut est toujours en place dans le village. Sa forme s'est un peu altérée au fil du temps, en particulier au Sud, où le talus a été remodelé. C'est au Nord et à l'Est, le long de la route, qu'elle a le mieux conservé sa forme. Renée Mussot-Goulard, dans son « Enquête sur Maignaut », a cité les chartes qui mentionnent les premiers représentants connus d'une famille de Maignaut, à qui l'on doit probablement la construction de la motte. Un autre texte, cité par l'historien Jacques Gardelles, fait connaître, au début du XIVe siècle, un Guilhem-Arnaud de Maignaut, qui pourrait avoir été le constructeur du château actuel. Mais l'histoire et la succession des seigneurs de Maignaut du XIVe siècle jusqu'à la Révolution restent encore à écrire.
Un village entre deux rivières
Ce premier château s'est installé dans une position dominante, sur la ligne de crête de la zone d'interfluve séparant l'Auloue et la Gèle, deux petits affluents de la Baïse. Le constructeur n'a pas cherché le perchement à tout prix. Si cela avait été le cas, il se serait installé sur le « Pouy », à 500 m au Sud du village, point le plus haut des alentours. De Maignaut on aperçoit à l'Est et à l'Ouest un vaste horizon, où se dessinent aujourd'hui d'autres villages et châteaux juchés sur des points hauts : Saint-Orens, Saint-Puy, Valence, Mansencôme… Au pied de cette motte, du côté Ouest, s'est formé peu à peu un village. Il compte 18 feux en 1287. Les vestiges de son mur d'enceinte doivent remonter au XIVe siècle. Mais le village est plus ancien. La fouille menée par Renée Mussot- Goulard en 1983 a montré qu'avant la construction des murs, trois habitats s'étaient succédé dans un même point du village. Il est possible que la construction de l'enceinte ait été l'occasion d'un réaménagement de l'habitat, selon le tracé relativement régulier que montre le plan cadastral du XIXe siècle. La Place actuelle était en grande partie bâtie et habitée. Le livre terrier de 1729 y compte encore 5 maisons. Le village était traversé par une « grande rue », qui se confond aujourd'hui avec la Place. Des ruelles se greffaient sur cette rue. Il n'existait qu'une petite place, située au pied du château, et qu'on traversait pour monter à l'église et au cimetière.
Le château neuf de Maignaut
Successeur du château primitif, le château actuel a été bâti sur le flanc Ouest de la motte. Une fenêtre à colonnette dont le style est caractéristique de la première moitié du XIVe siècle fournit une datation possible pour sa construction. Il a subi tant de dégradations qu'il est difficile de se représenter son état d'origine. La façade banale qui regarde la Place du village a été reconstruite, sans doute au XIXe siècle, sur l'emplace l'emplacement d'un de ses murs. Au Sud, toute une partie a été démolie : le mur de façade est un ancien mur de refend, comme en témoignent un passage ouvrant sur le vide, une rangée de trous qui recevait les solives d'un plancher, et les arrachements des murs en retour. La partie Ouest du château a été abaissée, la plupart des ouvertures médiévales ont été murées. De nouvelles ouvertures ont été percées tardivement dans les murs, probablement pour un usage agricole. Il est donc difficile de se représenter la silhouette du château avant ces transformations. On peut seulement tenter de l'esquisser. Une restitution précise nécessiterait une étude archéologique complète. Le château devait être formé d'un corps principal massif, presque cubique, sur une surface au sol double de sa surface actuelle. Sa hauteur devait être uniforme. On peut l'imaginer couvert d'un grand toit de tuile canal à 4 pans, en arrière d'un parapet crénelé. On ignore si l'avancée oblique du N-E s'élevait plus haut que le corps principal, formant véritablement une tour. Cette avancée, en tout cas, ne semble pas plus ancienne que le corps principal : l'imbrication des maçonneries, avec une jonction très soignée, montre au contraire qu'il s'agit de la même construction. Les deux belles croisées visibles dans le mur du château (le long de la ruelle montant au cimetière) ne datent pas de la construction d'origine. Leur style les situe à la fin du XVe, ou au début du XVIe siècle. On voit d'ailleurs à côté de l'une d'elles quelques restes d'une fenêtre plus ancienne, démolie pour lui faire place. La construction de ces croisées indique que le château était encore une résidence seigneuriale vers 1500. Par la suite, il dut servir de bâtiment d'exploitation, d'habitation pour un fermier, et de lieu de stockage. En tout cas, tous les percements postérieurs au début du XVIe siècle ont un caractère utilitaire sans aucune recherche décorative.
L'église sur la motte
Sur le plan cadastral du XIXe siècle, l'église partage la motte avec le château. Les deux bâtiments sont emboîtés l'un dans l'autre. L'aspect architectural de l'église nous est mal connu. Le cadastre donne seulement son plan de masse : une petite église en croixlatine, au chevet plat. Devant l'entrée de la nef, le plan figure une étroite parcelle, distincte du reste de l'édifice. Elle pourrait indiquer un « emban », cet abri à demi ouvert, fréquemment adossé autrefois à l'entrée des églises gasconnes. L'emban servait de porche et parfois de salle de réunion pour la Communauté villageoise. Il y a quelques années, on voyait encore affleurer les substructions de l'église dans le sol du cimetière. Et en levant les yeux, on aperçoit sur la tour du château les dernières traces du toit de l'église, avec quelques tuiles plates encore accrochées au mur. Aucun élément ne nous permet de savoir à quel moment l'église s'est installée sur la motte. En tout cas, c'est tardivement, à l'occasion d'une reconstruction ou d'un agrandissement, qu'elle est venue masquer à-demi la grande fenêtre de la tour. Le cimetière était, selon l'usage, à côté de l'église. Celle-ci a été reconstruite à la sortie du village à la fin du XIXe siècle, mais le cimetière est resté sur la motte. Il s'est agrandi de l'emplacement de l'église démolie. Certaines inhumations se faisaient autrefois dans l'église, comme l'illustre le testament de Pierre Ladoux (Ladouch), habitant de Maignaut (1689). Il exprime la volonté, « estant dans son lit malade de certaine maladie… que son corps soit ensevely dans l'église [de Maignaut] ».
Les murs du village
Les murs étaient encore en place au début du XVIIIe siècle : le livreterrier de 1729, en donnant les confronts de chaque maison, indique celles qui s'appuient sur le mur du village. En mettant bout à bout ces informations, on reconstitue une enceinte ininterrompue. Son tracé se lit sans difficulté sur le plan cadastral du XIXe siècle. L'enceinte formait un carré, simplement déformé vers l'Est, où la direction des murs s'infléchissait pour rejoindre la motte. Il en subsiste encore quelques pans. On les reconnaît à leur parement de pierre de taille en « appareil moyen », disposé en assises régulières. On retrouve ces morceaux de murs dans les façades, sur le côté Nord du village, de part et d'autre de la porte. Au Sud, un segment d'une quinzaine de mètres de longueur a été dégagé au-dessus du Monument aux Morts. Il s'étirait de l'actuelle entrée Sud du village (ancienne porte ?) jusqu'à la motte, à l'Est. Il n'en reste plus que la base. Ce segment permet d'observer le mode de construction du mur : là où le parement de belles pierres de taille n'existe plus, reparaît la maçonnerie de blocage qui constituait l'intérieur du mur. Des contreforts s'adossaient au mur d'enceinte. Il en reste deux, aux angles N-O et S-O, et les arrachements d'un troisième au Nord. L'examen du mieux conservé de ces contreforts (dont le sommet a été transformé en pigeonnier) montre une liaison parfaite avec le mur d'enceinte. Il a donc été construit en même temps que lui et non pas ajouté plus tard pour contrer un risque d'effondrement du mur. Quand le mur d'enceinte a-t-il disparu ? Il est probable qu'il cessa définitivement d'être entretenu au cours du XVIIIe siècle, et qu'il fut démoli peu à peu par la suite. On retrouve beaucoup de pierres, remployées dans les maisons du village.
D'une porte à l'autre
La « grande rue » commençait à la porte Nord (qui existe toujours) et débouchait sans doute sur une seconde porte, symétrique, au Sud. Son ouverture en arc brisé donne à la porte Nord un « cachet médiéval » tout–à-fait authentique. Mais l'ouvrage actuel ne représente qu'une partie de la construction d'origine. Il s'agissait d'une tour-porte, comme on en voit encore dans de nombreux villages du Gers. Audessus du passage voûté s'élevaient un ou plusieurs étages. On ignore à quelle époque cette tour a été abaissée jusqu'à son niveau actuel. Le passage est maintenant à ciel ouvert, mais on voit encore de chaque côté la première assise de l'ancienne voûte. Les défenses étaient sommaires : elles se limitaient probablement aux vantaux de bois de la porte, au parapet crénelé qui devait exister au sommet, et à une ou deux archères. Beaucoup d'indices font penser que la porte Nord avait son pendant au Sud. A cet emplacement, le plan cadastral du XIXe siècle montre d'ailleurs un étranglement entre les maisons, qui fait songer à une porte. On y longe encore, pris dans une maison, un pan de mur, dont l'aspect est très proche de celui des murs de l'enceinte ou du château. Il ne peut pas s'agir d'un pan du mur d'enceinte, car sa direction lui est perpendiculaire. Il semble plutôt s'agir d'un vestige de la paroi d'une porte. Malheureusement, il ne reste aucun élément d'un encadrement d'ouverture, qui aurait constitué unepreuve incontestable.
Les fossés
Il est probable qu'un fossé entourait le village, au pied du talus qui portait le mur d'enceinte. C'est le cas dans la plupart des villages fortifiés, les exceptions ne concernant guère que les sites très escarpés, où le fossé n'était pas indispensable. Mais ici, peu de traces. La mare visible sur l'ancien plan cadastral, au S-O pourrait en être un vestige. Beaucoup de villages en effet en comblant leurs fossés, en ont conservé une petite section, pour servir d'abreuvoir et de réserve d'eau pour l'incendie. La motte avait son propre fossé. Il n'en reste que des traces. Sur le plan cadastral, un anneau étroit la borde encore sur la moitié de son périmètre (au Nord et à l'Est). Ce demi-anneau indique le tracé du fossé. Peut-être est-il encore visible à l'époque où le géomètre lève le plan du cadastre. Peut-être au contraire est-il déjà comblé : son tracé se perpétue alors à travers les limites de propriété, qui peuvent ainsi conserver pendant très longtemps la trace de structures disparues. Bertrand Boquien
Principales sources utilisées
- Archives départementales du Gers, 3 E 2601, f os 39 64 v (actes notariés),
E Supplément 3237 (livre-terrier de 1729).
- Plan cadastral du XIXe siècle, Sect. A, F° 2 (Serv. du Cadastre, Condom), Plan cadastral révisé
(à jour pour 1982), Sect. F° 2 (Mairie).
- Benoît Cursente, Les castelnaux de la Gascogne médiévale.
Gascogne gersoise, Bordeaux, 1980, 198 p.
- Renée Mussot-Goulard, Enquête sur Maignaut, Wasconia, n°1, Marsolan, 1985, 48 p.
- Jacques Gardelles, Les châteaux du Moyen Âge dans la France du Sud-Ouest.
La Gascogne anglaise de 1216 à 1327, Genève, 1972, 284 p.

    Extrait du N° 9 de Maignaut Passion Info – pages 2 et 3 : Chargez le pdf
   
    Juin 2000 - N°6
     
    Le pigeonnier de Maignaut-Tauzia en fête !
    Le vendredi 26 mai, nos partenaires financiers, les artisans, les jeunes du chantier école, des élus locaux et de nombreux autres amoureux du patrimoine, se sont retrouvés pour fêter la restauration de notre pigeonnier/octroi. À l'invitation de Jean-François Filliatre, journaliste et parrain de l'association, sept acteurs du sauvetage de ce petit morceau de patrimoine, ont pris la parole.
- Serge Belliard, président de l'association a retracé les grandes étapes du sauvetage
- Jean Salaün, secrétaire de l'association a remercié les partenaires de l'opération.
- François Sarda, président de la Fondation du Crédit Agricole a évoqué le rôle de la Fondation et les raisons de son engagement à nos côtés.
- Michèle Marcet pour la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt a rappelé l'effort de l'Europe pour le patrimoine des zones rurales.
- Béatrice Bourg, directrice départementale EDF-GDF Pyrénées Gascogne s'est félicitée d'avoir contribué à une opération alliant la sauvegarde du patrimoine et l'insertion des jeunes.
- Yves Corvaisier, stagiaire du CAUE a évoqué son travail au pigeonnier et l'emploi sur lequel a débouché sa formation.
- et Michel Cardoze, s'exprimant en dernier, nous a ravis et émus par un véhément plaidoyer pour le respect du patrimoine rural et le droit à « l'inutile ».
A l'intérieur du pigeonnier, une exposition de photos, prises pour la plupart lors des chantiers école, faisait revivre les principales phases de la restauration et montrait l'état originel du bâtiment et de ses abords. Sous 3 tentes dressées pour l'occasion en bordure de la vigne de Jean-Paul Chiarandini, étaient servis des petits fours accompagnés de Pousse-Râpière. Parmi les petits groupes qui se sont formés autour du buffet, nous avons remarqué la présence de : Aristide Bourgade, ancien garde champêtre de Maignaut ; Monsieur Bourrousse, maire de Roquépine ; Roger Bulfoni, le maçon ; Floréal Cortadas, l'électricien ; Charles Demirdjian, le charpentier ; Jean Dubos, conseiller général de Condom ; Chantal Fauché, présidente de l'association pour la sauvegarde des arbres ; Annie Laborde et de nombreux stagiaires du CAUE ; Jean Mainka de la société Synelog ; Jean Nybelen, le charpentier du pigeonnier de La Salle ; Jean-Pierre Parro, directeur de l'agence du Crédit Agricole de Valence-sur-Baïse; Guy Philip ancien conseiller général ; Charley Tantet, maire de Blaziert ; Gérard Vivès, spécialiste de la terre crue ; une représentante de l'Abbaye de Flaran...
....et de nombreux amis des pigeonniers venus de Maignaut, de Valence, de Condom, de Montréal, de Vic-Fezensac, d'Eauze, de Saramon, d'Auch, d'Agen, d'Hourtin, de Paris et du Royaume-Uni. Seule une violente averse, en soirée, parvenait à noyer les dernières discussions.
    Bilan financier
Une envolée des dons

Les travaux débutés en 1998 avec un coût initial prévisionnel de 181.000 F s'achèvent avec un montant de dépenses de 283.434 F. Un dépassement de plus de 100.000 F qui s'explique par une augmentation de nos ambitions, conséquence de la générosité des donateurs. Le projet initial ne comprenait, en effet, ni la restauration des murets de la mare, ni la vasque de la fontaine, ni la réfection des enduits en terre du dernier étage.
Maçonnerie 110.144 F
Couverture, menuiserie 101.568 F
Déblaiements, terrassements 24.696 F
Repas des stagiaires 18.804 F
Electricité 12.396 F
Inauguration 9.282 F
Divers 6.544 F
Total 283.434 F
La trésorerie de l'association quant à elle, toutes subventions versées, toutes dettes et emprunts remboursés présente un très léger excédent (environ 1.200 F). Et d'ici la fin de l'année 2000, c'est près de 10.000 F de dons que nous pouvons encore espérer.
    Un pigeonnier pour quoi faire ?
Depuis le début de l'opération les partenaires et nos amis nous demandent ce que nous allons faire du pigeonnier restauré. Lors de l'inauguration cette interrogation est souvent revenue dans les conversations. De nombreuses suggestions nous ont déjà été faites, parmi lesquelles :
- un petit musée sur les techniques agricoles et les pigeonniers
- une aire de pique-nique et de repos
- un lieu d'expositions pour les artistes et les artisans
- une aire d'informations sur le village
- des concours de cartes à l'intérieur et de pétanque à l'extérieur
- inclure le site dans un circuit des pigeonniers du Gers
- ne rien faire du tout et avec la caution de Michel Cardoze, nous complaire dans « l'inutile » Jusqu'à ce jour, nous avons surtout écouté, avec attention... sans rien exclure.
Une seule certitude, ce petit bâtiment si bien situé à l'entrée du village sur un terrain de 640 m2 aura de multiples fonctions. Et nous sommes toujours à l'affût d'idées nouvelles.
    Extrait du N°6 de Maignaut Passion Info – pages 1 à 3 : Chargez le pdf
   
    Décembre 1999 - N°4
     
    Le pigeonnier de Maignaut-Tauzia
Une restauration bien mijotée !
    Patients avec résignation, résignés avec passion, passionnés avec impatience, nous poursuivons au rythme que nous imposent les financements, les entreprises et les aléas climatiques, la restauration de notre pigeonnier. Mais en l'an 2000, c'est promis, ce sera terminé. Les remaniements de maçonnerie et le ravalement sont achevés, les menuiseries le seront avant la fin de l'hiver. Pour l'été prochain le pigeonnier et la mare seront prêts à être inaugurés. L'édifice a désormais une structure solide, quelques travaux d'entretien et il atteindra fièrement le 22e siècle, ce qui aura sans doute fatigué ses détracteurs. Désolé pour eux, notre projet n'était pas une toquade. Et bien oui, le pigeonnier passera l'an 2000, girouette au vent comme un pied-de-nez. Et « Bonsoir Messieurs les bogueurs». Tous nos voeux au patrimoine maignautois pour un excellent millénaire. Jean Salaün
1. Remise en état de la girouette en zinc.
2. Réfection de la couverture, remplacement de tuiles.
3. Pose des antéfixes
4. Remise en symétrie de l'ouverture, contrevents à venir
5. Remise en symétrie de l'ouverture
6. Reprise des fissures et ravalement de la façade
7. Portail en chêne, ajouré de barreaux fabrication, en cours
8. Taille et pose d'une vasque sous la fontaine
    Les artisans à l'oeuvre
- M. Demirdjian, le charpentier sur son échafaudage trapézoïdal.
- Ravalement, par l'entreprise Bulfoni.
- Reconstitution d'un antéfixe (provisoire).
- Une nouvelle couverture faite de tuiles anciennes.
- Fin de son intervention, Monsieur Demirdjian scelle la girouette restaurée et graissée.
    Des nids de pigeons en osier
Pour redonner vie à notre pigeonnier, nous avons fait cet automne, l'acquisition de nids de pigeons auprès d'un vanier de Valence-d'Agen (Tarn-et Garonne). Le travail de l'osier, pour Madame Marie-Louise Crocis, c'est une tradition familiale pour les journées d'hiver, une technique apprise dès l'enfance et qu'elle a toujours pratiquée en artiste. Et puis, il y a une dizaine d'années, pour répondre à une demande de l'Office de tourisme de Valence, Madame Crocis a recherché des modèles de nids de pigeons anciens et redémarré cette fabrication. Aujourd'hui, elle participe à « L'été des pigeonniers », une manifestation de la ville de Valence, (6e édition en 1999) qui propose de juillet à septembre : une exposition, un concours de maquettes, des randonnées de découverte, des lâchers de pigeons, et dans l'assiette, le mariage du pigeon et du vin. L'an passé, Madame Crocis a réalisé pour cette manifestation un grand pigeonnier entièrement en osier. Une prouesse, dont elle tire la tranquille assurance d'être bien meilleure que ses aieuls. Nous avons emporté tout le stock disponible soit 5 nids.
    Antéfixes : au séchage dans le Beauvaisis
Les premières copies des têtes, fixées cet été sur le pigeonnier, ne nous ont pas satisfaits, et nous avons interrogé des potiers sur la possibilité de réaliser en terre cuite l'ensemble têtes et tuiles faîtières. Heureuse rencontre que celle de Monsieur Jean-Michel Nybelen, charpentier de Vic Fezensac qui d'une part encadrait à Lavardens les stagiaires qui venaient de restaurer notre mare et d'autre part travaillait à Maignaut-Tauzia au pigeonnier de La Salle. Infatigable, Monsieur Nybelen est également le représentant pour le département du Gers de l'association « Maisons paysannes de France » Précédemment artisan charpentier dans l'Oise, Jean-Michel Nybelen nous a communiqué des adresses de potiers dans son ancien département réputé pour ses terres cuites et nous avons ainsi découvert la Briqueterie d'Allonne près de Beauvais. Cette entreprise créée en 1914 emploie une quinzaine de salariés et réalise dans un rayon de 300 kms des terres cuites cuite et des restaurations délicates pour les Bâtiments de France, des architectes et des artisans. La cuisson maîtrisée et le mélange de nombreuses argiles permettent de retrouver la texture et le coloris des terres anciennes.
Son patron Monsieur De Wulf a accepté de réaliser notre délicat travail. Les tuiles faîtières sont refaites à partir de notre original et les têtes à partir des moulages en résine que nous avions réalisés. Les moules en résine trop peu rigides ne convenaient a priori pas pour l'argile et Monsieur De Wulf a dû faire preuve de beaucoup d'imagination pour réussir les démoulages. De plus compte tenu de la malléabilité de l'argile, l'attache de la tête à sa tuile a été très tout particulièrement délicate. Ces difficultés surmontées, les moulages sont maintenant au séchage pour environ 6 semaines. Les pièces seront ensuite
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    Juillet 1999 - N°3
     
    Le pigeonnier de Maignaut-Tauzia
Un pigeonnier pour l'emploi
    Pour 11 jeunes gersois, la recherche d'un emploi passe par la sauvegarde du patrimoine... et par Maignaut-Tauzia
Le CAUE 32, Conseil Architecture Urbanisme Environnement, présidé par M. Gérard Fauqué, conseiller général, organise chaque année, avec le concours financier du Conseil Général, de la Région, et du Fonds social européen une formation rémunérée pour l'initiation aux métiers de la restauration du patrimoine. Cette formation, ouverte aux jeunes de 16 à 25 ans et aux demandeurs d'emploi de longue durée se compose de cours théoriques, de stages en entreprise et d'applications pratiques sur un chantier. Cette année, le pigeonnier octroi de Maignaut-Tauzia a bénéficié de la formation pratique sur chantier du 22 mars au 2 avril et du 3 au 12 mai. Les stagiaires au nombre de 11 (3 femmes et 8 hommes) étaient placés sous la direction de Jean-Louis Paulet, architecte et encadrés par Jean-François Gardère. La formation sur le chantier était assurée par Dominic Goddard, un anglais, établi près de Saramon qui se consacre depuis plus de 10 ans au patrimoine gersois et par François Dejeumont pour la taille des pierres Les parcours professionnels et les qualifications des stagiaires étaient multiples : des CAP (menuiserie, encadrement, taille de pierre), un BTS en physique chimie, un DEUG histoire de l'Art, des collaborateurs de cabinets d'architectes et de géomètres, un photographe.
Un atelier de taille de pierres
La première semaine, les stagiaires, à l'abri des intempéries, dans les hangars agricoles de Sarrant, mis à leur disposition par Monsieur Salaün ont taillé des pierres pour la voûte à droite de la fontaine et pour le muret de la mare.
La restauration du muret de la mare
En deuxième semaine, un travail plus physique, la restauration du muret de la mare, réalisée selon des techniques traditionnelles avec l'utilisation de la chaux hydraulique.. Après une interruption d'un mois, consacrée aux cours théoriques et aux stages individuels en entreprise, Maignaut retrouvait ses stagiaires début mai. Le muret a été rétabli dans ses dimensions initiales mais l'ancienne mare sera remise en eau. Après le pigeonnier de Maignaut, les stagiaires s'intéresseront au château de Lavardens. Et à la rentrée, un emploi pour chaque stagiaire, tel est l'objectif du CAUE, et le souhait de Maignaut Passion.
Pour toute information sur l'inscription aux stages,
vous pouvez contacter : le CAUE,
29, chemin de Baron 32000 Auch
Tél. : 05 62 05 75 34 - Fax : 05 62 61 81 83
    Les stagiaires
Bénattou Bousmaha, Yves Corvaisier, Franck Crespo,
Stéphane Ferrand, Philippe Gaches, Romuald Gimenez,
Corine Grenier, Céline Jean, Catherine Moreno,
Cédric Rampnoux et Michael Riera
    EDF Pyrénées Gascogne : un nouveau partenaire
Nombreuses ont été les difficultés pour faire raccorder le pigeonnier au réseau EDF. Encore un entraînement au saut d'obstacles. Mais en définitive, le service communication a su comprendre notre problème spécifique et proposer une solution technique adaptée. En plus des conditions très avantageuses qui nous sont faites, EDF Pyrénées Gascogne a souhaité être partenaire de la restauration du pigeonnier. Nous remercions vivement cette grande entreprise pour l'intérêt porté au patrimoine de notre commune.
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    Décembre 1998 - N°2
     
    Le pigeonnier de Maignaut-Tauzia
    L'appui du Conseil Général du Gers, confirmé par M. Philippe Martin son président
Une subvention de 10 000 F nous a été accordée par la Commission Permanente du Conseil Général. Son montant (20 % des travaux plafonnés à 50 000 F) correspond au maximum que nous pouvions espérer. Monsieur Philippe Martin nous en a informé par courrier : « Je souhaite que cette participation de la collectivité départementale facilite la réalisation de votre projet». Cette reconnaissance de l'intérêt de notre travail par le Conseil Général était essentielle. C'était le point de départ obligé pour accéder à d'autres subventions et pour
convaincre des partenaires du privé.
    Un don de 50 000 F de La Fondation du Crédit Agricole, Pays de France
Levier puissant pour la sauvegarde du patrimoine culturel, la Fondation apporte depuis près de vingt ans, un soutien actif à de nombreux projets pour une revitalisation harmonieuse de l'espace rural. Dans le Gers, elle a contribué notamment à la restauration du château de Lavardens, de la Tour des Termes d'Armagnac et de l'Église de Flamarens. Plus qu'une simple aide financière, l'action de la Fondation, au travers de ses caisses régionales, contribue à l'élaboration des projets et assure le suivi sur plusieurs années des opérations réalisées. L'attribution de 50 000 F pour notre pigeonnier est une consécration pour notre action et une superbe opportunité pour le patrimoine de Maignaut.
    La mare et le pigeonnier, un été de découvertes
D'importants travaux de déblaiement ont été réalisés cet été pour retrouver l'ancienne mare située dans le prolongement du pigeonnier. Près de 150 m3 de gravats divers ont été extraits. Parmi beaucoup de ferrailles, de belles pierres dont certaines provenant d'un pressoir situé au centre du village ont été récupérées. La mare est maintenant complètement dégagée. Nous avons préféré ne pas lui redonner sa profondeur d'origine et seulement une partie sera remise en eau. L'ensemble est en mauvais état, le muret nord a été presque totalement détruit sous la poussée de la terre. En bout de la mare, nous avons retrouvé une grande pierre horizontale et le petit portail en fer forgé qui la surmontait. Cette pierre surplombant la partie la plus profonde de la mare devait être utilisée pour puiser l'eau. A côté du pigeonnier, la voûte avec sa fontaine est maintenant nettoyée et nous avons mis à jour les restes d'une seconde voûte sous laquelle était enfouie une meule à eau en très bon état, avec son auge en pierre.
    La restauration de la mare
Après une nouvelle visite du site par Monsieur Arnaud de la Direction départementale de l'Architecture, nous avons décidé de faire procéder également à la restauration de cet ensemble, avec notamment
- la remise en place d'une vasque dans la première arche au débouché de la fontaine
- la restauration de la seconde arche
- la réfection du muret de pierre
De la terre végétale a été disposée sur le sol afin de donner meilleur aspect au site. Le chantier de restauration débutera au printemps 1999.
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    Mai 1998 - N°1
     
    Le pigeonnier de Maignaut-Tauzia
Scénario d'un sauvetage
    En juin 1996, la démolition déjà engagée du pigeonnier/octroi de l'entrée Nord du village provoquait la protestation d'une partie des maignautois, un courrier était adressé à l'ensemble des habitants et les médias étaient alertés. Des négociations s'étaient alors déroulées entre la commune et le Conseil général, et avec sagesse, le conseil municipal décidait d'acheter le pigeonnier pour le faire restaurer (voir le bulletin communal Le Maignautois de juin 96). Nous avions tout naturellement proposé notre aide financière et matérielle pour cette restauration. Les tuiles avaient été remises en place durant l'été. Au fil des mois, notre inquiétude renaissait cependant, aucun dossier de restauration n'était constitué et le pigeonnier se dégradait par des infiltrations en toiture. Enfin une proposition de cession à un particulier des pierres pour « déplacement » et reconstitution sur sa propriété en utilisant les pierres d'angle et des parpaings confirmait nos craintes. Le 4 juillet 1997, la situation était clarifiée, le Conseil municipal, infirmant sa décision de 1996 renonçait à l'acquisition, nous reproduisons ci-après un extrait du compte rendu affiché en mairie. « Pigeonnier entrée Nord du village : après délibération, le Conseil Municipal décide de ne pas procéder à l'acquisition du pigeonnier et laisse l'actuel propriétaire (Conseil Général), libre de trouver une solution pour sa restauration ou le cas échéant, pour sa démolition ». Toujours en juillet 1997, Sud-Ouest et La Dépêche du Midi faisaient état de l'avenir incertain du pigeonnier dans leurs éditions locales. Du côté de la région et du département s'il existe une volonté de préserver le petit patrimoine rural, les crédits sont limités et accordés en priorité aux projets soutenus localement par les municipalités ou par les associations. La commune ayant déclaré son désintérêt, l'achat du pigeonnier nous a été proposé dans les mêmes conditions de prix (638 m2 à 3 F le m2 soit 1.914 F). Début 1998, le Conseil Général vendait le pigeonnier à l'association Maignaut Passion qui s'engageait à mettre en oeuvre sa restauration.
    Restauration : le prix de la passion
Maignaut Passion devenue propriétaire du pigeonnier/octroi de l'entrée Nord de Maignaut, a élaboré avec le Service départemental de l'architecture et du patrimoine un projet de restauration. Ce projet retenu consiste en :
- la réfection de la toiture,
- la consolidation des murs,
- le remplacement des planchers en bois et des portes,
- la création d'un drain pour protéger le mur Nord,
- le ravalement de façade
De plus la fontaine et l'abreuvoir seront dégagés et consolidés et l'ensemble de la parcelle sera nettoyé et aménagé. Les croquis réalisés par l'architecte du service départemental peuvent être consultés à l'association. Des devis ont été établis pour la maçonnerie, la charpente et la menuiserie et s'élèvent à un total de 180.000 Frs TTC. Une partie de ces travaux sera réalisée avec le concours des membres de l'association.
Ces travaux seront financés par :
- les dons faits à l'association par quelques « généreux mécènes »,
- les subventions pour lesquelles des dossiers ont été déposés,
- des opérations de parrainage,
- et si nécessaire par un emprunt bancaire.
Les délais de mise en place de ces financements ne nous permettront pas de commencer la restauration avant 1999. Nous avons déjà réalisé les premiers travaux urgents de protection du bâtiment et nous poursuivrons cette année le déblaiement et le nettoyage de la parcelle. A l'issue de ces travaux, nous aurons ainsi restitué à Maignaut un petit bâtiment original qui constituera un centre d'intérêt architectural à l'entrée d'un village restauré.
    Nos remerciements aux principaux acteurs
Responsables et Services administratifs :
- Monsieur Patrick Arnaud, architecte au Service départemental de l'architecture, du patrimoine et du paysage du Gers qui nous a aidés à élaborer notre projet de restauration.
- Monsieur Hue, le Conservateur départemental, ardent défenseur du patrimoine au Conseil Général qui nous a soutenus dans les phases les plus délicates.
- La Direction des Routes, de l'Aménagement et des Transports (DRAT) dont les services nous ont prêtés une attention toujours constructive.
Amoureux du patrimoine :
- Monsieur et Madame Chiarandini, précédents propriétaires du pigeonnier qui par « amour des vieilles pierres » ont accepté de lui accorder le sursis nécessaire à la recherche d'une solution de sauvegarde et nous ont permis de prendre des moulages des têtes en terre cuite. Journalistes :
- Messieurs B. Campa et C. Huc, respectivement journalistes à Sud-Ouest et à La Dépêche du Midi qui ont ouvert les colonnes de leurs journaux au problème du pigeonnier.
Élus locaux :
- Monsieur Guy Philip, conseiller général du canton qui a accompagné nos démarches auprès de l'administration
- Monsieur Francis Dupouy, maire de Maignaut-Tauzia dont les hésitations nous ont finalement été favorables
- Ceux des conseillers municipaux de Maignaut-Tauzia qui individuellement nous ont soutenus.
    Les parrains de Maignaut Passion
Michel Cardoze, notre voisin de Fourcès, réalisateur à Télé Monte-Carlo et infatigable animateur de la vie culturelle gersoise qui nous a adressé un courrier de soutien dans un style imagé et enthousiaste « La bataille quichottesque et heureuse que vous et vos amis de l'association ont jusqu'ici menée... Il eût été cruel et criminel de laisser se dissoudre dans le laissez aller ce petit monument d'une utilisation et d'un mode de vie disparus ».
Jacques Rouland, réalisateur à TF1, qui depuis son village de l'Oise nous a soutenu « très sensible à la sauvegarde du patrimoine rural de notre pays et je regrette qu'il soit souvent menacé par l'ignorance ou l'indifférence », se propose de venir constater nos résultats, et nous met en garde « une caméra sera peut-être un jour cachée dans votre pigeonnier ».
Jean-François Filliatre, journaliste, rédacteur au magazine Mieux Vivre, Votre Argent, responsable communication et gentil donateur de l'association.
    Extrait du N°1 de Maignaut Passion Info – pages 2 à 4 : Chargez le pdf